Zinc et fertilité masculine : pourquoi ce minéral est indispensable

    Près d'un cinquième de la population mondiale est exposé à un risque de carence en zinc, selon l'Organisation mondiale de la Santé. Cet oligo-élément participe à la stabilité de l'ADN, à la maturation des spermatozoïdes et à la régulation de la testostérone. Quand les apports manquent, la qualité du sperme peut s'en ressentir.

    Le cadre réglementaire européen est précis. Le zinc contribue au maintien d'une fertilité et d'une reproduction normales, à la synthèse normale de l'ADN et au maintien d'un taux normal de testostérone dans le sang (1). C'est une formulation prudente, qui ne promet rien sur le spermogramme et encore moins sur une grossesse. La supplémentation a sa place chez les hommes carencés ou subfertiles. Elle ne suffit jamais à elle seule. Ce dossier détaille les apports utiles, les formes disponibles, les limites de sécurité à respecter et les situations qui justifient un avis médical.

    homme ayant pris un repas riche en zinc pour soutenir sa fertilité
    Important : toute situation de subfertilité documentée relève d'une consultation médicale spécialisée. Le zinc s'intègre alors dans une stratégie nutritionnelle plus large, sans remplacer le bilan andrologique du couple.

    Rôles biologiques du zinc dans la reproduction masculine

    Le zinc est le deuxième oligo-élément le plus abondant du corps humain, juste après le fer. Un adulte en contient deux à trois grammes, répartis dans les muscles, les os, la peau, le foie, le pancréas, la rétine et le tractus reproducteur. Le plasma séminal en est particulièrement riche, avec des concentrations nettement supérieures à celles du plasma sanguin, mais variables selon les individus et la méthode de dosage utilisée.

    Pour comprendre le rôle physiologique du zinc dans son ensemble, il faut garder en tête deux dimensions. Une fonction catalytique : le zinc intervient comme cofacteur de plusieurs centaines d'enzymes humaines. Une fonction structurale : il stabilise plus de deux mille facteurs de transcription à doigts de zinc, qui régulent l'expression de gènes impliqués dans la division cellulaire. Les tissus à renouvellement rapide en dépendent directement, et l'épithélium séminifère testiculaire en fait partie.

    Localisation dans l'appareil reproducteur

    La prostate concentre activement le zinc via un transporteur spécifique, ZIP1, dont l'expression diminue au cours de la cancérogenèse prostatique. Les vésicules séminales et l'épididyme participent également au transfert du minéral vers le liquide séminal. À ce niveau, le zinc intervient dans la stabilisation de la chromatine spermatique, l'inhibition de la capacitation prématurée et la défense contre le stress oxydatif.

    Mécanismes : spermatogenèse, ADN et antioxydation

    Soutien de la spermatogenèse

    La spermatogenèse complète, de la spermatogonie au spermatozoïde mature, dure environ 74 jours. La maturation des spermatides en spermatozoïdes implique un remodelage profond de la chromatine. Les histones somatiques sont alors remplacées par des protamines riches en cystéine. Cette transition dépend d'enzymes zinc-dépendantes et requiert une disponibilité locale élevée du minéral pour stabiliser les ponts disulfures qui condensent l'ADN dans la tête du spermatozoïde. Un déficit en zinc perturbe cette compaction, ce qui se traduit par une fragmentation accrue de l'ADN spermatique, marqueur indépendant de fertilité masculine.

    Mobilité spermatique

    La mobilité progressive des spermatozoïdes dépend de la maturation des gamètes, de l'intégrité des membranes, de la production d'énergie mitochondriale et de l'équilibre oxydatif du plasma séminal. Le zinc peut intervenir indirectement dans ces processus, via la protection contre le stress oxydatif et la stabilité cellulaire. Les études menées sur des liquides séminaux d'hommes infertiles retrouvent une corrélation positive entre la concentration séminale de zinc et le pourcentage de mobilité progressive (2). Il est préférable de ne pas présenter les ATPases dynéiniques du flagelle comme directement zinc-dépendantes à leur site actif, faute de source spécifique.

    Activité antioxydante via la Cu/Zn-SOD

    Le zinc participe, avec le cuivre, à la structure de la superoxyde dismutase cytosolique (SOD1, Cu/Zn-SOD). Cette enzyme neutralise les radicaux superoxydes produits en abondance par les spermatozoïdes, dont le métabolisme oxydatif est particulièrement intense. Préserver son activité, c'est limiter la péroxydation lipidique des membranes plasmiques et protéger l'ADN nucléaire et mitochondrial. Le zinc est d'ailleurs souvent couplé au sélénium dans les complexes antioxydants destinés à la fertilité.

    Zinc et régulation de la testostérone

    Le zinc contribue au maintien d'un taux normal de testostérone, surtout lorsque les apports alimentaires sont insuffisants. Chez l'homme non carencé, l'effet d'une supplémentation sur les concentrations hormonales n'est pas démontré de façon constante.

    Axe hypothalamo-hypophyso-gonadique

    Une restriction zincique sévère, en conditions expérimentales, entraîne une baisse de la testostérone sérique chez le rongeur et chez l'homme volontaire sain soumis à un régime appauvri (3). La réintroduction du minéral rétablit les concentrations hormonales en quelques semaines. Ces données soutiennent l'allégation européenne sur le maintien d'un taux normal de testostérone. Elles ne justifient pas pour autant une logique de stimulation hormonale chez un sujet aux apports satisfaisants.

    Inhibition modérée de l'aromatase

    Le zinc exerce in vitro une inhibition partielle de l'aromatase, l'enzyme qui convertit la testostérone en œstradiol. Cet effet pourrait contribuer à l'équilibre androgène-œstrogène chez l'homme. Cette distinction explique pourquoi les effets du zinc doivent être présentés comme un maintien de fonctions normales, non comme une stimulation hormonale.

    Carence en zinc : populations à risque

    Homme fatigué évoquant des signes possibles de carence en zinc

    En France, l'étude individuelle nationale des consommations alimentaires (INCA) montre des apports moyens proches de la référence nutritionnelle pour la population adulte. Une fraction non négligeable d'hommes adultes se situe toutefois en dessous des besoins, en particulier ceux qui suivent un régime restrictif ou peu diversifié.

    Profils à surveiller

    Plusieurs profils cumulent un risque accru de déficit :

    • Régimes végétariens ou végétaliens stricts : les phytates des céréales complètes et légumineuses chélatent le zinc dans le tractus digestif et limitent son absorption.
    • Sportifs d'endurance ou de force : pertes accrues par la sueur et par les urines.
    • Troubles digestifs chroniques : maladie de Crohn, maladie cœliaque, résection iléale, chirurgie bariatrique.
    • Consommation régulière d'alcool : l'éthanol augmente l'excrétion urinaire du zinc et diminue son absorption intestinale.
    • Personnes âgées : l'absorption intestinale diminue avec l'âge, sur fond de polymédication fréquente.
    • Traitements chroniques par diurétiques thiazidiques, inhibiteurs de la pompe à protons, chélateurs ou metformine.

    Diagnostic : ce que dit (et ne dit pas) la zincémie

    Le diagnostic d'un déficit en zinc combine le contexte clinique, l'évaluation des apports alimentaires et, si nécessaire, le dosage de la zincémie plasmatique à jeun. Cet examen est utile mais imparfait. Le résultat est influencé par l'inflammation, l'hémolyse de l'échantillon, la concentration en albumine et le moment du prélèvement. Une zincémie isolée doit donc être interprétée avec prudence, idéalement en parallèle d'une CRP pour éliminer un biais inflammatoire.

    Preuves cliniques de la supplémentation

    Repères historiques

    Ananda Prasad a décrit dans les années 1960 le premier syndrome de carence en zinc humaine documenté. Il associait hypogonadisme, retard pubertaire, retard de croissance et anémie chez de jeunes hommes du Moyen-Orient consommant des galettes de pain non levé riches en phytates. La supplémentation orale en zinc restaurait la maturation sexuelle. Cette série de cas a posé les bases de tout le champ de la nutrition andrologique.

    Méta-analyses récentes : un signal, des limites

    Les revues Cochrane sur les antioxydants en subfertilité masculine, mises à jour en 2019 puis en 2022, suggèrent un bénéfice possible chez les hommes subfertiles (4). Le niveau de preuve reste faible à très faible selon les critères évalués, avec une hétérogénéité forte entre essais. Les protocoles cumulent souvent plusieurs nutriments (zinc, sélénium, vitamine E, vitamine C, L-carnitine, coenzyme Q10, folates), ce qui complique l'attribution d'un effet propre au zinc seul.

    Repère clinique. Les revues Cochrane suggèrent un intérêt des antioxydants chez les hommes subfertiles, mais avec un niveau de preuve faible à très faible et une forte hétérogénéité des protocoles. L'essai multicentrique publié dans le JAMA en 2020 (Schisterman et coll., 2370 couples) n'a pas confirmé l'efficacité d'une association acide folique + zinc sur la qualité du sperme ou les naissances vivantes (5). La nuance est essentielle : un signal n'équivaut pas à une preuve d'efficacité clinique.

    Effets observés sur les paramètres spermatiques

    Les essais randomisés évaluant le zinc chez les hommes carencés ou subfertiles rapportent des tendances plutôt qu'un effet net. Les améliorations restent variables d'une étude à l'autre.

    Paramètre spermatique Tendance rapportée dans les essais Délai d'évaluation
    Numération (millions/mL) Amélioration possible, plus marquée chez les sujets carencés 3 à 6 mois
    Mobilité progressive (%) Effet variable, signal positif fréquent en cas de déficit 3 à 6 mois
    Morphologie normale (%) Effet modeste, hétérogène entre essais 3 à 6 mois
    Fragmentation de l'ADN Diminution rapportée, à confirmer sur de larges cohortes 3 à 6 mois
    Testostérone totale Hausse chez les sujets initialement carencés 2 à 4 mois

    L'étude historique de Wong et coll. (2002), qui associait zinc 66 mg et acide folique 5 mg pendant 26 semaines, avait conclu à une augmentation de la numération spermatique chez les hommes subfertiles. Le résultat n'a pas été confirmé par l'essai multicentrique Schisterman publié en 2020 dans le JAMA, mené sur 2370 hommes consultant pour infertilité de couple. Aucune amélioration n'a été retrouvée sur les paramètres spermatiques ni sur les naissances vivantes. Cette discordance illustre la nécessité de présenter les bénéfices comme possibles et conditionnels, et non comme acquis.

    Apports recommandés et besoins quotidiens

    Les apports recommandés en zinc dépendent fortement de la consommation en phytates. Plus le régime est riche en céréales complètes et en légumineuses non préparées, plus les besoins grimpent, car les phytates chélatent le minéral dans l'intestin.

    Références françaises et européennes

    L'ANSES a fixé en 2016 la référence nutritionnelle pour la population (RNP) à 9,4 mg/j chez l'homme adulte, pour un régime à 300 mg/j de phytates (6). Au-delà, la valeur monte à 14,0 voire 16,3 mg/j. L'EFSA publie une stratification équivalente.

    Apports en phytates RNP zinc (homme adulte)
    Faibles (~300 mg/j) 9,4 mg/j
    Modérés (~600 mg/j) 11,7 mg/j
    Élevés (~900 mg/j) 14,0 mg/j
    Très élevés (~1200 mg/j) 16,3 mg/j

    Limite supérieure de sécurité

    L'EFSA a fixé la limite supérieure d'apport tolérable (UL) à 25 mg/j chez l'adulte, tous apports confondus : alimentation, multivitamines, complexes fertilité, zinc isolé. Cette valeur protège contre l'interférence chronique avec l'absorption du cuivre. Le NIH américain retient un seuil plus élevé (40 mg/j). Naturaforce s'aligne sur le cadre européen, plus prudent.

    Bon réflexe : en cas de prise prolongée, additionner tous les apports en zinc : alimentation, multivitamines, complexes fertilité et zinc isolé. Une cure peut suffire pour franchir la barre des 25 mg/j sans s'en rendre compte.

    Aliments riches en zinc

    Huîtres et fruits de mer, aliments naturellement riches en zinc biodisponible

    Les aliments les plus denses en zinc sont d'origine animale. Plusieurs aliments végétaux en contiennent aussi des quantités intéressantes, mais avec une biodisponibilité limitée par les phytates. Un panorama complet des sources de zinc aide à composer des assiettes adaptées au profil de chacun.

    Aliment Teneur (mg / 100 g) Biodisponibilité
    Huîtres crues 16 à 90 selon l'espèce Élevée
    Foie de veau cuit 12,0 Élevée
    Germes de blé grillés 16,7 Modérée
    Graines de courge décortiquées 7,5 Modérée
    Bœuf braisé 6,3 Élevée
    Cacao non sucré en poudre 6,8 Modérée
    Noix de cajou 5,8 Modérée
    Fromages affinés (Comté, Parmesan) 3,5 à 4,5 Élevée
    Pois chiches cuits 1,5 Modérée
    Lentilles cuites 1,3 Modérée
    Astuce de préparation : le trempage des légumineuses, la germination des graines et la fermentation des pâtes à pain réduisent fortement la teneur en phytates et améliorent l'absorption du zinc. Pratique simple, effet réel sur la biodisponibilité globale.

    Une portion de six huîtres apporte couramment quatre à six fois la référence nutritionnelle journalière. Voilà pourquoi le coquillage figure depuis longtemps dans les recommandations populaires sur la fertilité masculine. Pour les régimes végétariens, l'association régulière de légumineuses trempées, de graines oléagineuses et de céréales complètes germées couvre généralement les besoins, à condition de surveiller la zincémie en cas de signes évocateurs.

    Formes de zinc : biodisponibilité comparée

    Graines de courge, lentilles et noix de cajou, sources végétales de zinc

    Les compléments alimentaires délivrent le zinc sous différents sels minéraux ou organiques. Leur biodisponibilité, c'est-à-dire la fraction réellement absorbée et utilisée, varie sensiblement. Le comparatif détaillé des formes de zinc précise les différences.

    Formes organiques

    Le bisglycinate de zinc est un chélate dans lequel le minéral est lié à deux molécules de glycine. Sa structure neutre traverse la muqueuse intestinale par un mécanisme distinct de celui des sels ioniques. Résultat : tolérance digestive favorable et bonne absorption. Le picolinate de zinc, complexé à l'acide picolinique, présente également une biodisponibilité satisfaisante. Le citrate et le gluconate occupent une place intermédiaire.

    Formes inorganiques

    L'oxyde de zinc, peu coûteux et très fréquent dans les multivitamines bas de gamme, présente la biodisponibilité la plus faible (de l'ordre de 20 à 30 %). Le sulfate de zinc se situe à un niveau intermédiaire. La hiérarchie globale rapportée par les études comparatives suit l'ordre : bisglycinate ≈ picolinate ≥ citrate ≥ gluconate > sulfate > oxyde.

    Forme Biodisponibilité relative Tolérance digestive
    Bisglycinate de zinc Élevée Très bonne
    Picolinate de zinc Élevée Bonne
    Citrate de zinc Bonne Bonne
    Gluconate de zinc Bonne Bonne
    Sulfate de zinc Modérée Inconfort possible à jeun
    Oxyde de zinc Faible Acceptable

    Dosages et durée des protocoles

    Fenêtre prudente : 15 à 25 mg/j

    Les essais cliniques en fertilité masculine ont majoritairement employé des doses de zinc élément comprises entre 15 et 30 mg/j, sur une durée minimale de trois mois, fréquemment portée à six mois. C'est l'équivalent d'environ deux cycles complets de spermatogenèse. Pour un adulte en contexte de soutien nutritionnel, la fenêtre 15 à 25 mg/j de zinc élément reste la plus documentée.

    Doses supérieures : usage médical encadré

    Des protocoles à 30, 40 voire 50 mg/j ont été testés dans certaines études. Au-delà de 25 mg/j sur la durée, le rapport bénéfice-risque s'inverse en raison du retentissement progressif sur l'absorption du cuivre. Une dose supérieure relève d'un usage court et encadré par un médecin, avec surveillance de la cuprémie.

    Associations nutritionnelles classiques

    Le zinc est souvent associé à d'autres nutriments dans les protocoles d'andrologie nutritionnelle : sélénium (50 à 100 µg/j), vitamine E, L-carnitine, coenzyme Q10, folates. Les données disponibles portent soit sur le zinc isolé, soit sur des associations antioxydantes. Elles suggèrent un intérêt chez certains hommes subfertiles, mais ne permettent pas toujours d'isoler l'effet propre du zinc.

    Interactions, précautions et limites

    Compétition avec d'autres minéraux

    À dose complémentaire, le zinc peut entrer en compétition avec certains minéraux, en particulier le cuivre et le fer non héminique. Les prises se séparent d'au moins deux heures en cas de supplémentation pharmacologique. Le calcium à dose élevée (au-delà de 600 mg ingérés en une prise) peut également réduire l'absorption du zinc d'environ 20 à 30 %.

    Précaution. Un excès chronique de zinc stimule les métallothionéines intestinales, qui retiennent le cuivre dans les entérocytes et réduisent son passage vers la circulation. En Europe, la limite supérieure de sécurité chez l'adulte est fixée à 25 mg/j tous apports confondus. Toute supplémentation prolongée, surtout si plusieurs compléments contiennent du zinc, doit être évaluée avec un professionnel de santé.

    Tolérance digestive

    À jeun, les sels minéraux de zinc peuvent provoquer des nausées, des douleurs épigastriques, plus rarement des vomissements. C'est surtout vrai pour les formes sulfate ou oxyde à dose unitaire élevée. Une prise au cours d'un repas léger réduit ces désagréments. Les chélates organiques sont en règle générale mieux tolérés.

    Interactions médicamenteuses

    Le zinc diminue l'absorption de plusieurs antibiotiques (tétracyclines, fluoroquinolones) et de la pénicillamine. Un intervalle d'au moins deux heures sépare la prise du zinc de celle de ces médicaments. À l'inverse, les inhibiteurs de la pompe à protons et les antiacides au long cours réduisent l'absorption du zinc en augmentant le pH gastrique.

    Conseils pratiques d'usage

    Consultation nutritionnelle masculine avant une supplémentation en zinc

    Évaluer le besoin avant la supplémentation

    Un bilan alimentaire qualitatif et, si nécessaire, une zincémie permettent d'objectiver un éventuel déficit. La supplémentation systématique sans déficit identifié n'a pas démontré de bénéfice constant chez les hommes normospermiques aux apports adéquats.

    Choisir une dose adaptée et un moment de prise

    Pour un homme adulte en contexte de soutien de la fertilité, 15 à 25 mg/j de zinc élément, sur au moins trois mois, correspondent aux protocoles les mieux documentés. La prise se fait préférentiellement au cours d'un repas léger pour limiter l'inconfort digestif. Elle s'éloigne d'un repas riche en céréales complètes ou en produits laitiers. Une seule prise quotidienne simplifie l'observance.

    Penser l'hygiène de vie globale

    Le zinc s'inscrit dans une approche plus large. Équilibre pondéral, arrêt du tabac, limitation de l'alcool, gestion du stress, sommeil suffisant et réduction de l'exposition à la chaleur scrotale (saunas, vêtements serrés, ordinateur portable sur les cuisses) majorent les effets observables. Pour certains hommes, l'association avec d'autres plantes traditionnelles comme maca et soutien de la vitalité reproductive complète l'approche, sans qu'elle puisse remplacer un bilan andrologique.

    Suivi et durée

    Pour les couples consultant pour subfertilité, un spermogramme avant et après trois à six mois de protocole permet d'objectiver l'éventuel bénéfice. L'étude de la fragmentation de l'ADN spermatique, si elle est disponible, apporte un complément d'information utile.

    Conclusion

    Le zinc occupe une place réelle dans la physiologie reproductive masculine. Cofacteur d'enzymes impliquées dans la spermatogenèse, partenaire structural de la superoxyde dismutase Cu/Zn, modulateur de la production hormonale testiculaire : ses fonctions sont documentées et reconnues par les allégations européennes de santé.

    Les preuves cliniques actuelles indiquent qu'une supplémentation de trois à six mois, à des doses de 15 à 25 mg/j de zinc élément, peut contribuer à améliorer certains paramètres spermatiques, surtout en cas de déficit d'apport ou de carence objectivée. Le niveau de preuve reste modéré au mieux, faible à très faible pour plusieurs critères, et l'essai multicentrique JAMA 2020 invite à une prudence supplémentaire sur les issues cliniques comme la naissance vivante.

    La démarche reste individualisée : évaluation préalable des apports, choix d'une forme biodisponible, respect de la limite de sécurité européenne de 25 mg/j tous apports confondus, prise en compte des interactions, inscription dans une stratégie hygiéno-diététique plus large. Toute situation d'infertilité documentée justifie un avis médical spécialisé. Le zinc s'y intègre alors comme l'un des paramètres nutritionnels modifiables parmi d'autres.

    FAQ : Zinc et fertilité masculine

    Le zinc augmente-t-il la testostérone chez un homme aux apports suffisants ?

    Pas de façon constante. La hausse de testostérone sérique est documentée principalement chez les hommes initialement carencés. Chez les sujets aux apports satisfaisants, la supplémentation n'a pas montré d'effet hormonal significatif. L'allégation européenne porte sur le maintien d'un taux normal, pas sur une stimulation.

    Combien de temps pour observer un effet sur le spermogramme ?

    La spermatogenèse complète dure environ 74 jours. Un délai minimal de trois mois est nécessaire avant d'évaluer un éventuel effet. La majorité des essais cliniques retiennent une durée de trois à six mois pour mesurer un bénéfice.

    Quelle forme de zinc choisir pour la fertilité ?

    Les chélates organiques (bisglycinate, picolinate) et les sels organiques (citrate, gluconate) présentent une biodisponibilité et une tolérance digestive supérieures à celles de l'oxyde. Le choix dépend également des sensibilités individuelles et de l'association avec d'autres nutriments.

    Zinc + acide folique : que valent les preuves ?

    L'étude historique de Wong (2002) plaidait pour un bénéfice de l'association zinc 66 mg + folates 5 mg sur la numération spermatique. L'essai multicentrique Schisterman publié en 2020 dans le JAMA, mené sur 2370 hommes consultant pour infertilité, n'a pas confirmé ce bénéfice : pas d'amélioration des paramètres spermatiques ni des naissances vivantes. L'enthousiasme initial doit donc être nuancé.

    La supplémentation au long cours est-elle sans danger ?

    À dose physiologique (10 à 15 mg/j), une prise au long cours est en règle générale bien tolérée. Au-delà de 25 mg/j, une supplémentation prolongée demande une surveillance de la cuprémie en raison du risque de carence en cuivre induite par excès de zinc.

    Le zinc peut-il améliorer une azoospermie ?

    Aucune donnée solide ne soutient un effet du zinc sur l'azoospermie non obstructive. Le minéral agit principalement sur la qualité (mobilité, morphologie) et la quantité dans les oligospermies modérées, pas sur les déficits sévères de production gamétique. Toute azoospermie relève d'une consultation spécialisée en andrologie.

    Faut-il se supplémenter sans signe de carence ?

    Les preuves d'un bénéfice supplémentaire chez les hommes normospermiques aux apports adéquats restent limitées. La supplémentation conserve son intérêt en cas d'apport alimentaire insuffisant, de carence biologique objectivée ou de facteurs de risque (sport intensif, régime restrictif, troubles digestifs chroniques).

    Quels signes peuvent évoquer une carence ?

    Chute de cheveux diffuse, fragilité des ongles, cicatrisation lente, troubles du goût et de l'odorat, infections cutanées répétées, baisse de la libido, altérations du spermogramme. Le diagnostic combine contexte clinique, apports alimentaires et zincémie plasmatique à jeun interprétée avec prudence.

     

    Références scientifiques

    1. EFSA Panel on Dietetic Products, Nutrition and Allergies. Scientific Opinion on Dietary Reference Values for zinc. EFSA Journal. 2014;12(10):3844. efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/3844.
    2. Zhao J, Dong X, Hu X, Long Z, Wang L, Liu Q, et al. Zinc levels in seminal plasma and their correlation with male infertility: a systematic review and meta-analysis. Sci Rep. 2016;6:22386. PMID 26932683. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26932683.
    3. Prasad AS, Mantzoros CS, Beck FW, Hess JW, Brewer GJ. Zinc status and serum testosterone levels of healthy adults. Nutrition. 1996;12(5):344-348. PMID 8875519. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8875519.
    4. Smits RM, Mackenzie-Proctor R, Yazdani A, Stankiewicz MT, Jordan V, Showell MG. Antioxidants for male subfertility. Cochrane Database Syst Rev. 2019;3:CD007411. Mise à jour 2022. PMID 30866036. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30866036.
    5. Schisterman EF, Sjaarda LA, Clemons T, Carrell DT, Perkins NJ, Johnstone E, et al. Effect of folic acid and zinc supplementation in men on semen quality and live birth among couples undergoing infertility treatment: a randomized clinical trial. JAMA. 2020;323(1):35-48. PMID 31910279. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31910279.
    6. ANSES. Actualisation des repères du PNNS : élaboration des références nutritionnelles. Avis et rapport, 2016. Référence nutritionnelle pour la population : 9,4 mg/j de zinc chez l'homme adulte. anses.fr/fr/content/les-references-nutritionnelles-en-vitamines-et-mineraux.