Probiotiques : comment choisir les bonnes souches ?

     

     

    Face aux rayons remplis d'étiquettes qui promettent des « ferments lactiques », une « flore renforcée » ou des « probiotiques de nouvelle génération », l'achat tourne vite à la confusion. Le réflexe naturel pousse vers le produit qui affiche le plus gros chiffre. C'est rarement le bon repère. L'effet d'un probiotique ne tient ni à la quantité brute imprimée sur la boîte, ni à l'appartenance à une famille bactérienne réputée utile. Il dépend de la souche exacte, des données cliniques qui la concernent, et de l'accord entre cette souche et l'objectif visé (1).

    Choisir sereinement suppose donc trois gestes : savoir lire une étiquette, comparer ce que dit la littérature, et confronter le produit à une grille de critères solide. Ce guide reprend les repères retenus par les sociétés savantes, propose un tableau des principales souches étudiées et précise les précautions selon le terrain. Pour comprendre les probiotiques au sens scientifique avant d'entrer dans le détail, notre page pilier replace ces micro-organismes dans leur histoire et leur physiologie.

    Probiotiques naturels dans un repas équilibré avec yaourt, kéfir et fruits frais sur table en bois

    Probiotiques : définition réglementaire et scientifique

    Femme dégustant un yaourt fermenté dans une alimentation favorable au microbiote intestinal

    La définition de référence ne vient pas de l'OMS seule. Elle est issue d'une consultation conjointe FAO/OMS au début des années 2000, puis reprécisée par l'International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP) en 2014 : des micro-organismes vivants qui, administrés en quantité adéquate, apportent un bénéfice de santé à l'hôte (1). Trois exigences se cachent derrière cette phrase courte. La viabilité au moment où on les consomme. Une quantité documentée, pas un chiffre marketing. Un bénéfice mesuré par des études d'intervention. Si l'un de ces trois éléments manque, parler de « probiotique » n'a pas de fondement scientifique, même quand le produit contient bel et bien des bactéries vivantes (1).

    Ce que dit le cadre européen

    Dans l'Union européenne, la communication commerciale sur les effets santé des probiotiques relève du règlement (CE) n° 1924/2006 sur les allégations nutritionnelles et de santé. Ce texte ne valide pas une promesse santé au seul motif qu'un produit renferme des micro-organismes vivants : l'allégation doit être autorisée et étayée. En France, le mot probiotique peut être admis, sous conditions, comme nom de catégorie pour décrire la nature des micro-organismes d'un complément. Cette tolérance n'autorise ni à revendiquer une action thérapeutique, ni à promettre un effet sur une maladie. Le discours reste donc informatif : souche identifiée, nombre de cellules vivantes, traçabilité, conservation, précautions d'emploi.

    Distinction avec les ferments alimentaires

    Tous les ferments d'un yaourt, d'un kéfir ou d'une choucroute ne sont pas des probiotiques au sens strict. La plupart n'ont jamais été testés en clinique sur une indication définie. Pour creuser la question des matrices alimentaires, notre dossier sur les ferments lactiques des aliments traditionnels détaille leurs apports réels et leurs limites face aux compléments standardisés.

    La nomenclature en trois termes : genre, espèce, souche

    Premier réflexe avant tout achat : vérifier que l'étiquette nomme chaque micro-organisme par trois termes, soit le genre, l'espèce et la souche. Cette précision n'est pas un détail. À l'intérieur d'une même espèce, l'effet biologique change beaucoup d'une souche à l'autre (2).

    Illustration : la divergence au sein de Lactobacillus rhamnosus

    Prenons l'espèce Lacticaseibacillus rhamnosus (nouvelle nomenclature, anciennement Lactobacillus rhamnosus) :

    • la souche GG, déposée sous ATCC 53103, a fait l'objet de nombreux essais sur la diarrhée associée aux antibiotiques et la diarrhée infectieuse aiguë de l'enfant ;
    • la souche GR-1, déposée sous ATCC 55826, a été développée pour la santé uro-vaginale, en association avec Limosilactobacillus reuteri RC-14 ;
    • la souche HN001 (AGAL NM97/09514) a été étudiée sur l'eczéma atopique et, dans un cadre de recherche, sur l'humeur du post-partum. Ce dernier point relève d'un champ d'étude et ne remplace pas une prise en charge médicale.

    Trois souches, trois profils d'usage. Un produit marqué « Lactobacillus rhamnosus 10 milliards UFC » sans préciser la souche revient à brandir une référence scientifique impossible à vérifier.

    Collections internationales de dépôt

    Les collections reconnues sont l'ATCC américaine, la DSMZ allemande (DSM), la CNCM française (Institut Pasteur), la NCIMB britannique ou la NRRL. Le numéro de dépôt garantit la traçabilité génétique de la souche et permet à un laboratoire indépendant d'en vérifier l'identité par séquençage. Il figure surtout sur la fiche technique du fabricant. Sur l'étiquette grand public, on n'a pas toujours la place de l'afficher.

    Repère pratique. Exigez au minimum le genre, l'espèce et le code de souche sur l'étiquette. Si, en plus, ni le numéro de dépôt ni la référence en collection ne figurent sur la fiche technique, l'argumentaire clinique du produit n'est pas vérifiable. Ce manque suffit à écarter le complément.

    Les sept critères de sélection d'un complément probiotique

    Personne vérifiant attentivement l'étiquette d'un complément probiotique avant de choisir sa cure

    Au-delà du nom, sept paramètres techniques cadrent une décision rationnelle. Ils rejoignent les recommandations des sociétés savantes de gastro-entérologie, qui rappellent un point : l'efficacité dépend de la souche et de l'indication, et l'usage de routine hors essai n'est pas justifié pour la plupart des situations (3).

    1. Identification précise de la souche

    Genre, espèce, identifiant alphanumérique de souche. Sans ces éléments, aucune comparaison avec la littérature n'est possible. Le numéro de dépôt vient compléter le tableau côté traçabilité.

    2. UFC viables à la date de durabilité minimale

    L'unité formant colonie (UFC) estime le nombre de micro-organismes viables et cultivables dans les conditions du test. L'information utile n'est pas la valeur affichée à la fabrication, mais celle garantie à la date de durabilité minimale (DDM).

    • UFC à la fabrication : valeur de départ, qui décroît pendant le stockage. Elle surestime ce que vous avalerez.
    • UFC à la DDM : valeur garantie en fin de conservation. C'est la seule comparable d'un produit à l'autre.

    La dose pertinente est celle testée pour la souche et l'indication visées, pas un chiffre rond. À titre indicatif, beaucoup d'essais digestifs se situent entre 10⁹ et 10¹⁰ UFC par jour, davantage pour certaines préparations multisouches. Un produit très dosé n'est pas plus pertinent si sa souche n'a pas été documentée pour votre objectif. Pour lire les UFC garanties jusqu’à la DDM, notre fiche dédiée décortique les mentions d'étiquette.

    3. Gastro-résistance et protection technologique

    L'acidité de l'estomac (pH 1,5 à 3) et les sels biliaires détruisent une partie des micro-organismes ingérés. Les fabricants compensent de trois manières : gélule à enrobage entérique pour une libération plus bas dans l'intestin, microencapsulation lipidique, ou choix de souches naturellement acido-tolérantes. Saccharomyces boulardii, par exemple, est une levure et non une bactérie, ce qui change sa résistance au passage gastrique. Sans mention explicite de protection, la perte peut dépasser 90 %.

    4. Conditions de conservation

    Certaines souches réclament le froid (2 à 8 °C). D'autres, lyophilisées, tiennent à température ambiante. Vérifiez la consigne : un produit thermosensible laissé sur une étagère perd vite sa viabilité, et vous payez alors pour des cellules mortes.

    5. Cohérence souche-indication

    La souche retenue doit correspondre à l'objectif recherché, prouvé par des essais. Acheter un mélange « 10 souches, 30 milliards UFC » sans cette cohérence revient à empiler des éléments dont aucun n'a été testé à la dose présente, pour le motif qui vous intéresse.

    6. Excipients et profil de tolérance

    Contrôlez l'absence d'allergènes pertinents (lait, gluten, soja), de colorants superflus, et la nature des excipients. Sur terrain atopique, certaines matrices laitières issues de la culture des bactéries peuvent poser souci.

    7. Transparence du fabricant

    Un fabricant sérieux publie la fiche technique de chaque souche, les certificats d'analyse par lot, les références qui étayent les indications, les conditions de fabrication (ISO 22000, HACCP) et la stabilité à la DDM. Quand ces informations manquent à répétition, mieux vaut écarter le produit.

    Souches documentées et indications principales

    Femme ressentant un inconfort digestif associé aux troubles du microbiote intestinal

    Voici une revue des souches les mieux étudiées, classées par indication. La liste n'épuise pas la littérature. Elle reprend le socle reconnu par les recommandations internationales (3).

    Diarrhées : épisode aigu et antibiothérapie

    Il faut séparer deux situations souvent confondues. Pour la diarrhée infectieuse aiguë de l'enfant, la mise à jour Cochrane de 2020 est prudente : l'ajout de nouveaux essais bien conduits et la prise en compte d'un biais de publication ont conduit les auteurs à revoir à la baisse l'effet, qui apparaît incertain (4). Pour la diarrhée associée aux antibiotiques, le soutien est plus net : Lacticaseibacillus rhamnosus GG (ATCC 53103) et Saccharomyces boulardii CNCM I-745 font partie des souches citées, sachant que les recommandations varient selon les sociétés savantes et le contexte clinique. Saccharomyces boulardii a aussi été étudiée chez le voyageur. En revanche, la prévention des récidives à Clostridioides difficile relève d'un avis médical et ne doit pas être présentée comme une prévention autonome. Pour associer un probiotique à une antibiothérapie sans erreur, notre page dédiée détaille le moment et l'espacement des prises.

    Coliques et constipation du nourrisson

    Limosilactobacillus reuteri DSM 17938 a réduit, dans plusieurs essais, le temps de pleurs quotidien chez le nourrisson allaité présentant des coliques. L'effet est plus discuté chez l'enfant nourri au lait infantile. La même souche a été regardée sur la constipation fonctionnelle pédiatrique. Posologie usuelle : 10⁸ UFC par jour.

    Syndrome de l'intestin irritable (SII)

    Bifidobacterium longum subsp. infantis 35624 a été testée dans le SII, avec un bénéfice sur la douleur abdominale et les ballonnements. Lactiplantibacillus plantarum 299v est aussi documentée pour le SII et la flatulence après les repas. Une méta-analyse a confirmé un effet d'ensemble modéré des probiotiques sur les symptômes du SII, avec une hétérogénéité marquée entre souches (5). L'effet s'observe le plus souvent au-delà de quatre semaines de prise quotidienne.

    Santé vaginale et urinaire

    L'association Lacticaseibacillus rhamnosus GR-1 + Limosilactobacillus reuteri RC-14, par voie orale, a été étudiée sur la restauration de la flore vaginale après antibiothérapie et sur la prévention des récidives de vaginose bactérienne. Les schémas proposent une prise quotidienne sur 4 à 12 semaines.

    Rectocolite hémorragique et pochite

    Une formulation à huit souches à haute concentration (450 milliards d'UFC par sachet), étudiée sous la référence VSL#3, a une documentation pour le maintien de la rémission de la pochite après iléo-anastomose, et dans une moindre mesure pour la rectocolite hémorragique modérée. Une marque ne vaut pas automatiquement une autre, même à composition proche : formulation et fabrication ne sont pas interchangeables. Cette indication suppose un suivi gastro-entérologique.

    Métabolisme et profil pondéral

    Plusieurs souches font l'objet de travaux exploratoires sur la composition corporelle, dont Lactobacillus gasseri BNR17 et SBT2055. Le niveau de preuve reste modéré et l'effet clinique souvent discret. Aucune cure ne remplace une démarche nutritionnelle et une activité physique régulière.

    Tableau récapitulatif souches, indications et niveau de preuve

    Le tableau ci-dessous synthétise les souches les mieux documentées. Le niveau de preuve est donné par indication, car une même souche peut être bien soutenue pour un usage et beaucoup plus discutée pour un autre. « Élevé » renvoie à plusieurs essais convergents ou à une méta-analyse robuste, « modéré » à des essais positifs mais hétérogènes.

    Souche (genre, espèce, identifiant) Indication principale Posologie étudiée Durée étudiée Niveau de preuve (par indication)
    Lacticaseibacillus rhamnosus GG (ATCC 53103) Diarrhée infectieuse aiguë de l'enfant ; diarrhée associée aux antibiotiques 10⁹ à 10¹⁰ UFC/j 5 à 14 jours (épisode aigu) Variable : modéré et discuté pour la diarrhée infectieuse aiguë, mieux soutenu pour la diarrhée associée aux antibiotiques
    Saccharomyces boulardii CNCM I-745 (levure) Diarrhée associée aux antibiotiques, selon contexte et souche Selon la fiche produit (souvent 250 à 500 mg/j) 5 jours à 4 semaines Modéré
    Saccharomyces boulardii CNCM I-745 (levure) Clostridioides difficile : uniquement sur avis médical, pas une prévention autonome des récidives Cadre médical Cadre médical Réservé au contexte clinique
    Limosilactobacillus reuteri DSM 17938 Coliques du nourrisson allaité ; quelques données sur la constipation fonctionnelle 10⁸ UFC/j 21 à 30 jours Modéré à élevé chez le nourrisson allaité, plus discuté ailleurs
    Bifidobacterium longum subsp. infantis 35624 Syndrome de l'intestin irritable (douleur, ballonnement) 10⁸ à 10⁹ UFC/j 4 à 8 semaines Modéré
    Lactiplantibacillus plantarum 299v SII, flatulence, douleur abdominale fonctionnelle 10¹⁰ UFC/j 4 semaines Modéré
    L. rhamnosus GR-1 + L. reuteri RC-14 Flore vaginale, prévention des récidives de vaginose (voie orale) 10⁹ UFC/j 4 à 12 semaines Modéré
    Formulation à 8 souches (étudiée sous la référence VSL#3) Maintien de la rémission de la pochite ; rectocolite hémorragique modérée 4,5 × 10¹¹ UFC/j 9 à 12 mois Élevé pour la pochite (cadre gastro-entérologique)
    Bifidobacterium animalis subsp. lactis BB-12 Transit ; données sur certains marqueurs immunitaires (pas une promesse d'immunité) 10⁹ à 10¹⁰ UFC/j 4 à 8 semaines Modéré
    Lactobacillus acidophilus NCFM Tolérance au lactose, SII 10⁹ UFC/j 4 semaines Modéré
    Lecture du tableau. Les posologies correspondent aux schémas réellement testés. Un produit dosé en dessous n'est pas comparable par défaut, même si la souche est identique. Et une dose très supérieure n'apporte pas un bénéfice proportionnel.

    Posologie, durée et associations avec les prébiotiques

    Durée : usage aigu et cure d’évaluation chronique

    Deux cas de figure. Pour un épisode infectieux aigu, la prise débute dès les premiers symptômes et se poursuit quelques jours après leur résolution, soit une fenêtre courte. Pour une cure chronique (SII, flore vaginale, constipation), la plupart des essais portent sur 4 à 12 semaines. En dessous de quatre semaines, l'évaluation est rarement concluante. Au-delà de douze, les données s'amincissent : mieux vaut réévaluer la pertinence de poursuivre que prolonger sans fin.

    Moment de la prise

    Le bon moment dépend de la galénique et du protocole étudié. Suivez d'abord la fiche produit ou le schéma des essais. À défaut, une prise pendant ou au début du repas, avec un grand verre d'eau, convient le plus souvent. En cas d'antibiothérapie bactérienne, espacez le probiotique d'au moins deux heures de l'antibiotique.

    Prébiotiques et synbiotiques

    Un prébiotique est un substrat utilisé de façon sélective par les micro-organismes de l'hôte, avec un bénéfice de santé à la clé. Fructo-oligosaccharides (FOS), galacto-oligosaccharides (GOS), inuline et amidons résistants en sont les exemples les mieux étudiés. Un synbiotique associe un probiotique et un prébiotique. L'association peut renforcer l'effet, mais brouille l'analyse : difficile alors d'attribuer le bénéfice à l'un ou à l'autre. Pour aller plus loin sur le rôle des fibres prébiotiques dans l'équilibre intestinal, voir notre dossier.

    Postbiotiques

    Plus récente, la notion de postbiotique désigne une préparation de micro-organismes inanimés ou de leurs composants, apportant un bénéfice à l'hôte (définition ISAPP 2021) (6). Les postbiotiques ne sont pas vivants, ce qui simplifie leur conservation. Leurs indications restent en cours d'étude et ne remplacent pas, à ce stade, les souches vivantes documentées.

    Apports alimentaires et complémentation : quelle articulation ?

    Légumes lactofermentés riches en ferments naturels dans une assiette équilibrée

    Les aliments à micro-organismes vivants (yaourts, kéfir, kombucha, lait ribot, légumes lactofermentés, miso, natto) entretiennent la diversité du microbiote. Ils ont toutefois trois limites :

    • ils contiennent rarement les souches précises étudiées en clinique ;
    • leurs concentrations varient beaucoup (de 10⁶ à 10⁹ UFC/g selon les produits) ;
    • ils ne permettent pas d'atteindre, par la seule alimentation, les doses étudiées pour les indications ciblées (souvent 10¹⁰ UFC/j).

    L'approche cohérente combine donc une alimentation variée, riche en fibres fermentescibles et en aliments fermentés, et le recours ponctuel à un complément de souche identifiée quand une indication précise le justifie.

    Rôle des fibres fermentescibles

    Les fibres solubles (psyllium, son d'avoine, inuline, légumineuses) nourrissent les bactéries du côlon et soutiennent la production d'acides gras à chaîne courte (acétate, propionate, butyrate). Cette production interne alimente la muqueuse colique et entretient l'équilibre du microbiote, parfois davantage que l'apport ponctuel d'un probiotique venu de l'extérieur. L'assiette reste la base. Le complément, un outil ciblé.

    Précautions, contre-indications et populations à risque

    Chez la majorité des gens, les probiotiques sont bien tolérés. Quelques précautions méritent d'être rappelées.

    Populations à risque. La prise de probiotiques se discute au cas par cas avec un médecin chez : les personnes immunodéprimées (chimiothérapie, transplantation, VIH avancé), les porteurs de cathéter veineux central (cas rapportés de fongémie à S. boulardii et de bactériémie à Lactobacillus), les nouveau-nés prématurés en réanimation, les patients en post-opératoire abdominal lourd, et les valvulopathies sévères. Le rapport bénéfice-risque revient alors à l'équipe médicale. Notre page sur les précautions et les contre-indications à connaître développe ces situations.

    Effets indésirables courants

    Les effets le plus souvent rapportés sont mineurs et passagers : ballonnements, flatulences, léger changement de transit en début de cure. Ils s'estompent en quelques jours. Une fièvre, une douleur abdominale intense, des selles sanglantes ou une dégradation rapide de l'état général imposent l'arrêt et un avis médical.

    Grossesse et allaitement

    Plusieurs souches courantes (LGG, BB-12, L. reuteri) ont été étudiées sur ces terrains sans signal défavorable de tolérance. La prudence reste de mise, et un avis médical est conseillé avant d'introduire un nouveau complément pendant la grossesse.

    Interactions médicamenteuses

    Les interactions dépendent du type de micro-organisme, et il faut les distinguer. Les antibiotiques réduisent surtout la viabilité des probiotiques bactériens : un espacement d'au moins deux heures est conseillé, sauf protocole contraire. Les antifongiques systémiques visent plutôt une levure comme Saccharomyces boulardii, dont l'intérêt chute alors. Les immunosuppresseurs, eux, n'altèrent pas la viabilité du probiotique, mais ils élèvent le niveau de prudence : chez les personnes immunodéprimées, porteuses de cathéter ou hospitalisées, l'usage doit être validé par un professionnel de santé.

    Erreurs fréquentes lors du choix d'un probiotique

    Se fier au nombre d'UFC affiché

    Choisir « celui qui en contient le plus » passe à côté de l'essentiel. 50 milliards d'UFC d'une souche non documentée pour votre objectif pèsent moins qu'un milliard de la souche étudiée à cette dose précise. La bonne dose est celle des essais, ni plus, ni moins.

    Multiplier les souches sans logique

    Les mélanges de 10 ou 15 souches abondent en rayon. Or peu de cocktails « maison » ont été testés tels quels. Le bénéfice supposé de la diversité n'est pas prouvé, et la dose de chaque souche peut tomber sous le seuil utile. Les mélanges étudiés, comme la formulation à huit souches de la pochite, sont des produits définis, testés en l'état, et n'équivalent pas à un assemblage arbitraire.

    Interrompre trop tôt

    Pour les indications chroniques (SII, flore vaginale, constipation), arrêter au bout d'une semaine faute d'effet visible mène à conclure trop vite à l'inefficacité. L'horizon d'évaluation pertinent reste de 4 à 12 semaines.

    Négliger la conservation

    Acheter en gros et stocker des mois à température ambiante un produit qui réclame le froid, c'est payer pour des bactéries mortes. Lisez la consigne. En cas de doute, préférez une souche lyophilisée stable, dont la concentration garantie à la DDM est clairement indiquée.

    Conclusion

    Bien choisir un probiotique ne revient ni à céder à l'argument du « plus de bactéries », ni à suivre une mode. La démarche tient en cinq vérifications. La souche est-elle nommée par genre, espèce et code ? Sa documentation correspond-elle à votre objectif ? La dose colle-t-elle à celle des essais ? Le fabricant garantit-il les UFC viables à la DDM ? La conservation et la gastro-résistance sont-elles compatibles avec votre usage ? Si ces cinq réponses sont positives, le produit mérite un essai d'au moins quatre semaines, avec des critères de suivi fixés à l'avance. Sinon, mieux vaut s'abstenir. Un probiotique mal choisi n'est pas dangereux pour la plupart des gens, mais il représente une dépense sans bénéfice mesurable. Le microbiote est un écosystème complexe : on le module avec discernement, en appui d'une alimentation variée et, en cas de pathologie, sous suivi médical. Pour approfondir la définition scientifique, la place des aliments fermentés et le cadre réglementaire européen, voir le guide complet sur les probiotiques publié par Natura Force.

    Questions fréquentes : choisir un probiotique

    Quelle souche probiotique choisir ?

    Tout dépend de l'objectif. Pour une diarrhée associée aux antibiotiques, L. rhamnosus GG et S. boulardii CNCM I-745 sont les plus citées. Pour le SII, B. longum infantis 35624 ou L. plantarum 299v. Pour la flore vaginale, l'association GR-1 + RC-14. La règle reste la même : une souche nommée précisément, à la dose des essais, choisie pour votre indication.

    Combien d'UFC par jour faut-il ?

    Il n'existe pas de chiffre unique. La dose utile est celle testée pour votre souche et votre indication. Beaucoup d'essais digestifs se situent entre 10⁹ et 10¹⁰ UFC par jour, parfois plus pour certaines préparations multisouches. L'important est que cette dose soit garantie jusqu'à la date de durabilité minimale, pas seulement à la fabrication.

    Comment savoir si un probiotique « fonctionne » pour moi ?

    En se fixant des critères objectifs avant la cure : fréquence et consistance des selles (échelle de Bristol), score de douleur abdominale, fréquence des récidives. Un suivi de 4 à 8 semaines au moins est nécessaire pour les indications chroniques. Sans aucun effet à 8 semaines avec une souche documentée à la bonne dose, l'intérêt de poursuivre est faible.

    Peut-on en prendre en continu toute l’année ?

    La plupart des données portent sur des cures de 4 à 12 semaines. L'usage continu prolongé est peu étudié. Sauf indication médicale, des cures ciblées valent mieux qu'une prise indéfinie.

    Un probiotique « bio » est-il préférable ?

    Le label bio concerne le mode de production des matières premières, pas la souche ni sa documentation clinique. Il ne dit rien de l'identification précise, des UFC viables à la DDM ou de la gastro-résistance. Les critères de ce guide priment sur le label.

    Yaourt et probiotiques en complément : équivalents ?

    Non. Un yaourt classique apporte Streptococcus thermophilus et Lactobacillus delbrueckii subsp. bulgaricus, qui survivent peu au passage gastrique et n'atteignent pas les doses testées des souches documentées. Le yaourt reste un aliment utile. Il ne remplace pas une cure ciblée.

    Que penser des analyses de microbiote vendues en ligne ?

    Le séquençage du microbiote fécal est un outil de recherche. Son interprétation clinique reste limitée : il n'existe pas de « microbiote idéal » de référence ni d'algorithme validé pour prescrire un probiotique sur cette base. Prudence face aux recommandations personnalisées vendues ainsi.

    Probiotiques et perte de poids : quelles vérités ?

    Quelques souches (L. gasseri BNR17, SBT2055) ont donné des résultats modestes sur le tour de taille dans des essais courts. L'effet clinique reste limité et ne dispense pas d'une démarche nutritionnelle et d'activité physique.

    Références

    1. Hill C, Guarner F, Reid G, et al. The International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics consensus statement on the scope and appropriate use of the term probiotic. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2014;11(8):506-514. PMID 24912386. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24912386.
    2. Sanders ME, Merenstein DJ, Reid G, Gibson GR, Rastall RA. Probiotics and prebiotics in intestinal health and disease: from biology to the clinic. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2019;16(10):605-616. PMID 31296969. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31296969.
    3. Su GL, Ko CW, Bercik P, et al. AGA Clinical Practice Guidelines on the Role of Probiotics in the Management of Gastrointestinal Disorders. Gastroenterology. 2020;159(2):697-705. PMID 32531291. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32531291.
    4. Collinson S, Deans A, Padua-Zamora A, et al. Probiotics for treating acute infectious diarrhoea. Cochrane Database Syst Rev. 2020;12(12):CD003048. PMID 33295643. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33295643.
    5. Ford AC, Harris LA, Lacy BE, Quigley EMM, Moayyedi P. Systematic review with meta-analysis: the efficacy of prebiotics, probiotics, synbiotics and antibiotics in irritable bowel syndrome. Aliment Pharmacol Ther. 2018;48(10):1044-1060. PMID 30294792. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30294792.
    6. Salminen S, Collado MC, Endo A, et al. The International Scientific Association of Probiotics and Prebiotics (ISAPP) consensus statement on the definition and scope of postbiotics. Nat Rev Gastroenterol Hepatol. 2021;18(9):649-667. PMID 34002101. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34002101.