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L'olivier (Olea europaea) accompagne les peuples méditerranéens depuis plus de 6 000 ans. On en a longtemps célébré le fruit et l'huile. Ses feuilles, elles, sont restées dans l'ombre des usages courants, alors que la pharmacologie moderne s'y intéresse depuis le début du XXe siècle. Elles concentrent un polyphénol particulier, l'oleuropéine, et plusieurs composés voisins qui retiennent aujourd'hui l'attention des chercheurs. Cette page fait le point : composition, propriétés étudiées, formes d'utilisation, précautions. Sans jamais se substituer à un avis médical.

L'olivier est un arbre d'une longévité remarquable, capable de traverser plusieurs siècles dans les conditions qui lui conviennent : sol calcaire, exposition ensoleillée, climat tempéré-sec. Sa feuille, lancéolée, mesure trois à cinq centimètres de long en moyenne, d'un vert-gris pâle au-dessus, d'un blanc argenté duveteux en dessous. Ce revêtement feutré limite la transpiration et permet à l'arbre de supporter les longs étés méditerranéens sans flétrir. Persistantes, les feuilles se renouvellent tous les trois ans environ, en petites vagues successives qui passent quasi inaperçues.
La tradition herboristique lui reconnaît depuis longtemps un intérêt propre, distinct de celui du fruit. Récoltées au printemps, avant la floraison, puis séchées à l'ombre, les feuilles entrent dans la composition de tisanes, d'extraits hydroalcooliques et, plus récemment, de gélules standardisées. Les usages populaires pour accompagner les variations saisonnières de tension ont été progressivement confortés par des travaux pharmacologiques qui identifient aujourd'hui, avec plus de précision, les molécules responsables de ces effets.
Le composé le plus étudié de la feuille d'olivier est l'oleuropéine, un séco-iridoïde de la famille des polyphénols. Sa teneur oscille entre 3 et 10 % de la matière sèche selon la variété, la période de récolte et le mode de séchage (4) (5). Ces valeurs placent la feuille d'olivier parmi les sources végétales les plus denses en cette molécule. Les extraits standardisés utilisés en clinique titrent en revanche 16 à 20 % d'oleuropéine, après concentration. L'oleuropéine donne aux préparations leur goût amer caractéristique, atténué par la macération longue ou la décoction.
La feuille contient aussi de l'hydroxytyrosol, du tyrosol, du verbascoside, des flavonoïdes comme la rutine et la lutéoline, plus des triterpènes (acide oléanolique, acide maslinique). Cette diversité moléculaire explique pourquoi les extraits totaux ont parfois une activité plus riche que la molécule isolée. C'est ce qu'on appelle l'effet matriciel. L'acide oléanolique en particulier complète le tableau et participe aux propriétés biologiques observées.
| Composé | Famille | Activité étudiée |
|---|---|---|
| Oleuropéine | Séco-iridoïde polyphénolique | Activité antioxydante in vitro, voies vasculaires étudiées |
| Hydroxytyrosol | Polyphénol simple | Métabolite actif de l'oleuropéine, activité antioxydante |
| Tyrosol | Polyphénol simple | Activité antioxydante complémentaire |
| Verbascoside | Phénylpropanoïde | Activités anti-inflammatoire et antioxydante in vitro |
| Rutine | Flavonoïde | Confort veineux, perméabilité capillaire |
| Lutéoline | Flavonoïde | Activité antioxydante, anti-inflammatoire |
| Acide oléanolique | Triterpène | Profil métabolique étudié, activité antimicrobienne in vitro |

Pression artérielle. L'effet de l'extrait standardisé sur la pression artérielle est ce qui a le plus mobilisé les chercheurs. Plusieurs essais en double aveugle ont mesuré la pression sur des durées de huit à seize semaines, chez des sujets en hypertension essentielle de grade I. L'essai de Susalit (Phytomedicine, 2011) sur 232 patients a observé une baisse moyenne de 11,5 mmHg de la pression systolique sous 1 000 mg/jour d'extrait standardisé, comparable au captopril 12,5 à 25 mg deux fois par jour (2). L'essai en crossover de Lockyer (European Journal of Nutrition, 2017) sur 60 pré-hypertendus rapporte une baisse plus modeste, de l'ordre de 3 à 4 mmHg sur 24 heures (3).
L'effet n'est pas équivalent à celui des antihypertenseurs prescrits. Toute démarche en cas d'hypertension avérée relève du médecin traitant et ne peut se passer d'un suivi médical personnalisé.
Activité antioxydante. Les polyphénols de la feuille d'olivier comptent parmi les antioxydants végétaux les plus étudiés. Sur les modèles courants (DPPH, ABTS, ORAC), l'oleuropéine et l'hydroxytyrosol piègent efficacement les radicaux libres (5). Ces résultats in vitro n'autorisent aucune comparaison directe avec d'autres antioxydants alimentaires, mais ils orientent depuis deux décennies la recherche sur les marqueurs de stress oxydatif chez les sujets supplémentés.
Équilibre glycémique. L'effet de l'extrait sur la régulation de la glycémie a été examiné chez des sujets prédiabétiques ou en surpoids. L'essai de de Bock et al. (PLoS One, 2013) sur 46 hommes en surpoids a montré une amélioration de la sensibilité à l'insuline d'environ 15 % après douze semaines, sans changement net de la glycémie à jeun, sous 51 mg/jour d'oleuropéine et 9,7 mg d'hydroxytyrosol (1). L'oleuropéine et l'acide oléanolique semblent y contribuer ensemble. Ces observations ne justifient aucune modification d'un traitement antidiabétique sans avis médical.
Activité antimicrobienne in vitro. La tradition populaire crédite la feuille d'olivier d'une action sur certaines infections saisonnières. Les études modernes en milieu contrôlé confirment une activité inhibitrice sur plusieurs souches bactériennes (Escherichia coli, Staphylococcus aureus, Salmonella), des levures et certains virus enveloppés. Ces résultats sont essentiellement obtenus in vitro. Ils restent à confirmer chez l'humain avant tout usage systématique. Aucun de ces résultats ne fait de la feuille un antibiotique de substitution.
Confort veineux. Les flavonoïdes présents dans la feuille d'olivier, et la rutine en particulier, agissent sur la perméabilité capillaire et le tonus des parois veineuses. Les personnes sensibles aux sensations de jambes lourdes en période chaude rapportent un bénéfice à la cure de feuilles d'olivier, en synergie avec d'autres plantes veinotoniques comme la vigne rouge ou le marron d'Inde. L'effet s'inscrit dans une approche globale du terrain, pas dans une logique curative isolée.
L'olivier est cultivé depuis 6 000 ans au moins sur le pourtour méditerranéen. Les feuilles apparaissent dans les couronnes funéraires égyptiennes et dans le kotinos, la couronne de rameaux remise aux vainqueurs des Jeux antiques. Les médecines populaires du bassin méditerranéen les employaient en infusion pour la fièvre, les troubles digestifs et la circulation.
L'usage moderne se développe au début du XXe siècle, après l'isolement de l'oleuropéine par les pharmaciens français Bourquelot et Vintilesco en 1908 (4). Les premières études cliniques structurées paraissent dans les années 1950 sur des modèles animaux d'hypertension. Le passage à l'humain commence dans les années 1990 et s'accélère depuis 2008. Aujourd'hui, les extraits standardisés titrés à 16-20 % d'oleuropéine font partie des préparations végétales les mieux étudiées en cardiologie nutritionnelle.

Trois essais servent de référence sur les extraits standardisés.
Susalit et al. (Phytomedicine, 2011, PMID 21036583) : essai randomisé double aveugle sur 232 patients hypertendus de grade I. Extrait EFLA®943 titré à 19,9 % d'oleuropéine, 500 mg deux fois par jour, pendant huit semaines, comparé au captopril 12,5 à 25 mg deux fois par jour. Baisse moyenne de la pression systolique de 11,5 mmHg dans le groupe extrait contre 13,7 mmHg sous captopril. Effet sur la pression diastolique de 4,8 mmHg contre 6,4 mmHg (2).
Lockyer et al. (European Journal of Nutrition, 2017, PMID 26951205) : essai randomisé crossover sur 60 hommes pré-hypertendus, 136 mg d'oleuropéine et 6 mg d'hydroxytyrosol par jour, pendant six semaines. Baisse moyenne de la pression systolique de 3,33 mmHg sur 24 heures, 3,95 mmHg le jour. Baisse de la pression diastolique de 2,42 mmHg sur 24 heures. Amélioration parallèle modeste du LDL-cholestérol et des triglycérides (3).
de Bock et al. (PLoS One, 2013, PMID 23516412) : essai crossover sur 46 hommes en surpoids, 51,1 mg d'oleuropéine et 9,7 mg d'hydroxytyrosol par jour pendant douze semaines. Amélioration de la sensibilité à l'insuline de l'ordre de 15 % mesurée par clamp euglycémique hyperinsulinémique. Pas d'effet net sur la glycémie à jeun (1).
Hermans et al. (Antioxidants, 2020, PMID 32942738) a ensuite testé une association feuille + fruit chez des sujets hypertendus en syndrome métabolique, avec des résultats cohérents sur la pression systolique et plusieurs marqueurs lipidiques (6).
La tisane, forme traditionnelle. La forme la plus ancienne d'utilisation reste la tisane. Les feuilles séchées, entières ou légèrement broyées, se préparent par infusion longue (10 à 15 minutes à eau frémissante) ou par décoction courte pour extraire davantage de polyphénols. À raison d'une cuillère à soupe de feuilles pour un grand bol, une à trois tisanes par jour constituent un usage raisonnable dans le cadre d'une cure saisonnière. Le goût, amer et boisé, s'adoucit par l'ajout d'un zeste de citron, d'un peu de miel ou d'un brin de romarin pour adoucir l'amertume.
L'extrait liquide hydroalcoolique. Teinture-mère et extraits fluides donnent une concentration plus prévisible en principes actifs, à dose maîtrisée. Diluées dans un verre d'eau, ces formes offrent une alternative pratique pour les personnes qui souhaitent une régularité sans la contrainte de la tisane quotidienne. Les extraits standardisés en oleuropéine sont à privilégier : ils permettent une cure reproductible d'une prise à l'autre.
Les gélules d'extrait sec standardisé. Format le plus moderne, la gélule d'extrait sec concentre la fraction polyphénolique de la feuille dans un volume réduit. Les produits sérieux mentionnent leur teneur en oleuropéine (16 à 20 % du poids de l'extrait dans les études cliniques) et la dose journalière recommandée. Cette forme convient aux cures de plusieurs semaines et aux profils qui supportent mal l'amertume des préparations liquides.
| Forme | Concentration | Usage | Durée conseillée |
|---|---|---|---|
| Tisane (feuilles séchées) | Faible à modérée | Quotidien, rituel saisonnier | 4 à 8 semaines |
| Teinture-mère ou extrait fluide | Modérée | Cure ciblée | 3 à 6 semaines |
| Gélule d'extrait sec standardisé (16-20 % oleuropéine) | Élevée | Cure prolongée | 8 à 12 semaines |
| Feuilles fraîches en vinaigrette | Très variable | Usage culinaire occasionnel | Variable |
Les posologies varient avec la forme et l'objectif. Quelques repères validés par l'usage et par la monographie HMPC de l'Agence européenne des médicaments :
Les cures s'inscrivent dans des fenêtres de trois semaines à deux mois, avec une pause d'au moins une semaine entre deux cycles. La régularité prime sur l'intensité : une cure modérée observée sur la durée vaut mieux qu'une surconsommation ponctuelle. Pour aller plus loin sur le terrain inflammatoire, notre guide complet de l'alimentation anti-inflammatoire replace la feuille d'olivier dans un ensemble méditerranéen cohérent.

Populations à éviter. La feuille d'olivier, bien tolérée dans la majorité des cas, n'est pas dénuée de contre-indications. Hypotendus, femmes enceintes ou allaitantes, enfants de moins de douze ans : la cure n'est pas recommandée, sauf avis médical. Les patients traités pour une hypertension artérielle doivent aussi en parler à leur médecin avant toute supplémentation. Un ajout non contrôlé peut entraîner une baisse tensionnelle trop marquée.
Interactions médicamenteuses. Plusieurs classes méritent une attention particulière. Les antihypertenseurs, en particulier les inhibiteurs de l'enzyme de conversion et les antagonistes calciques, voient leur effet potentiellement majoré. Antidiabétiques oraux et insuline appellent la même vigilance, en raison de l'effet modeste de la feuille sur la glycémie. Les anticoagulants (antivitamines K) peuvent voir leur stabilité perturbée par un apport polyphénolique régulier, ce qui justifie une consultation avant toute cure prolongée.
Effets indésirables. Aux doses usuelles, les effets secondaires sont rares. Certaines personnes rapportent des troubles digestifs légers (ballonnements, selles plus molles), une baisse tensionnelle excessive avec vertiges orthostatiques, ou de rares manifestations cutanées chez les sujets allergiques aux oléacées. Ces effets disparaissent à l'arrêt ou à la réduction de la prise.
Plusieurs essais cliniques récents observent une baisse modérée de la pression artérielle chez les personnes supplémentées pendant 8 à 16 semaines, surtout dans l'hypertension essentielle de grade I. La feuille d'olivier ne remplace pas un traitement prescrit. Toute cure doit être discutée avec le médecin traitant, surtout en cas d'antihypertenseur en cours.
Oui, à raison d'une à trois tasses par jour pendant quatre à huit semaines, puis en alternant avec des fenêtres de pause. Cette régularité permet de bénéficier des apports polyphénoliques sans surcharger l'organisme. Les personnes sous traitement médicamenteux au long cours sont invitées à demander conseil avant toute cure prolongée.
Les deux produits proviennent du même arbre, mais leur composition diffère sensiblement. L'huile est riche en acides gras monoinsaturés (acide oléique) et en une partie des polyphénols du fruit. La feuille concentre l'oleuropéine et d'autres polyphénols dans des proportions bien supérieures. Les deux sont complémentaires dans une alimentation méditerranéenne équilibrée.
Chez l'enfant de moins de douze ans, la cure n'est pas recommandée en l'absence de données suffisantes sur la sécurité. Pour les adolescents et les adultes jeunes, un usage ponctuel en tisane reste envisageable, de préférence après un avis médical si une pathologie est connue.
Les intersaisons, fin d'hiver et début d'automne, sont traditionnellement privilégiées pour accompagner les variations du terrain. Les cures estivales, en période de forte chaleur, peuvent convenir aux personnes sujettes aux sensations de jambes lourdes. L'essentiel est d'observer la régularité sur quelques semaines plutôt que des prises ponctuelles.
Les synergies les plus classiques associent la feuille à l'aubépine pour le confort cardiaque, à l'hibiscus en complexe tensionnel, à la vigne rouge pour la circulation veineuse, ou au cassis comme anti-inflammatoire doux. Ces combinaisons s'envisagent en tisane ou en complexe standardisé, dans le cadre d'une démarche globale.
Les effets indésirables restent rares aux doses usuelles : quelques troubles digestifs bénins, une baisse tensionnelle excessive chez les sujets sensibles, de rares réactions cutanées chez les personnes allergiques aux oléacées. Toute manifestation persistante doit conduire à arrêter la cure et à consulter.
À l'abri de la lumière, de la chaleur et de l'humidité, dans un bocal en verre bien fermé. Conservées dans ces conditions, elles gardent leurs qualités pendant douze à dix-huit mois. Au-delà, la teneur en polyphénols décroît progressivement, sans rendre la feuille nocive pour autant.