Quels aliments améliorent la fertilité masculine ?

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    La fertilité masculine se construit en grande partie à table. Les paramètres spermatiques – numération, mobilité, morphologie et intégrité de l’ADN – sont sensibles au statut nutritionnel, au stress oxydatif et à la qualité globale du régime alimentaire [1]. Les données issues de cohortes prospectives et d’essais contrôlés convergent : un modèle alimentaire dense en végétaux, poissons et bonnes graisses est associé à de meilleurs spermogrammes, tandis qu’un régime occidental dominé par les produits ultra-transformés et les viandes industrielles s’accompagne d’une dégradation des paramètres séminaux.

    Cette page détaille les aliments à privilégier fin d'améliorer la fertilité chez l'homme, les apports en micronutriments à viser, à contrario les aliments à limiter, et propose des assiettes types pour traduire ces données en pratique quotidienne sur 3 à 6 mois, durée d’un cycle de spermatogenèse.

    Le paradigme alimentaire de la fertilité masculine

    Pendant longtemps, la fertilité masculine a été considérée comme un paramètre statique, dicté par la génétique et l’anatomie. Les travaux des vingt dernières années ont rebattu les cartes. La spermatogenèse est un processus continu, étalé sur environ 74 jours, hautement consommateur d’énergie cellulaire et particulièrement vulnérable au stress oxydatif [2]. Les cellules germinales, riches en acides gras polyinsaturés au niveau membranaire, sont parmi les plus sensibles de l’organisme aux peroxydations lipidiques. Cette vulnérabilité explique que l’alimentation, principale source d’antioxydants et de précurseurs membranaires, exerce une influence mesurable sur la qualité spermatique.

    Une fenêtre d’intervention de 2 à 3 mois

    Toute modification alimentaire significative met environ 10 à 12 semaines avant de se traduire dans un spermogramme. C’est la durée nécessaire pour qu’une nouvelle vague de spermatozoïdes parvienne à maturité. Cette temporalité doit guider les attentes : il est inutile de jauger un changement après trois semaines. Un audit alimentaire planifié sur trois mois minimum constitue la fenêtre d’observation utile, idéalement six mois pour évaluer la tendance.

    Un terrain plus qu’un aliment isolé

    Les méta-analyses publiées dans Human Reproduction Update insistent sur un point : c’est la cohérence globale du régime qui pèse, davantage qu’un aliment miracle pris isolément [1]. Aucun super-aliment ne compense une alimentation par ailleurs déstructurée. La logique est cumulative et synergique : antioxydants végétaux, oméga-3 marins, minéraux essentiels (zinc, sélénium) et vitamines du groupe B agissent de concert sur la membrane spermatique, l’ADN et la production hormonale.

    Paramètres spermatiques impactés par l’alimentation

    Comprendre ce que mesure un spermogramme permet de cibler les bons leviers nutritionnels. Quatre paramètres principaux sont influencés par l’alimentation, selon les seuils de référence de l’OMS publiés en 2021 [3].

    Numération et concentration

    La concentration spermatique, exprimée en millions par millilitre, dépend de la stimulation hormonale (axe hypothalamo-hypophyso-testiculaire) et de la disponibilité énergétique des cellules de Sertoli. Le zinc, le sélénium et la vitamine D jouent un rôle structurel dans cette production. Les régimes très pauvres en protéines ou en lipides, comme certaines restrictions caloriques prolongées, abaissent la testostérone libre et la numération.

    Mobilité progressive

    La mobilité dépend de la production énergétique mitochondriale du flagelle et de la fluidité membranaire. Les oméga-3 EPA et surtout DHA s’incorporent dans la membrane des spermatozoïdes et facilitent leur propulsion. Les coenzymes (Q10, carnitine) et antioxydants (vitamine E, sélénium) limitent les dommages oxydatifs qui paralysent le flagelle.

    Morphologie

    La morphologie correspond à la proportion de spermatozoïdes de forme typique. Elle est très sensible aux carences en folates (vitamine B9) et au stress oxydatif. Les régimes pauvres en légumes verts, en légumineuses et en fruits sont associés à un pourcentage plus élevé de formes atypiques [4].

    Fragmentation de l’ADN spermatique

    La fragmentation de l’ADN, mesurée par le test TUNEL ou le SCSA, est un marqueur émergent. Un taux supérieur à 25-30 % est associé à des taux d’implantation diminués et à un risque accru de fausse couche. Ce paramètre est particulièrement réactif à la qualité nutritionnelle. Une alimentation riche en antioxydants (caroténoïdes, polyphénols, vitamine C, vitamine E, sélénium) abaisse en moyenne le taux de fragmentation dans les études interventionnelles [5].

    Régime méditerranéen vs régime occidental

    La comparaison entre modèles alimentaires globaux livre des preuves épidémiologiques solides. L’étude EARTH (Environment and Reproductive Health), conduite à Harvard sur plusieurs centaines de couples en parcours d’assistance médicale à la procréation, a mis en évidence une association nette entre adhésion au régime méditerranéen et amélioration des paramètres spermatiques, en particulier la mobilité progressive et la morphologie [6].

    Profil du régime méditerranéen

    Ce modèle repose sur quelques piliers : huile d’olive extra-vierge comme matière grasse principale, consommation quotidienne de légumes et fruits frais, légumineuses 3 à 4 fois par semaine, poissons 2 à 3 fois par semaine, fruits à coque, céréales complètes, faible consommation de viande rouge et limitation des produits transformés. Cette structure apporte naturellement les antioxydants, oméga-3, folates, fibres et minéraux nécessaires à la spermatogenèse.

    Profil du régime occidental

    Le régime dit occidental se caractérise par une part importante de viandes transformées (charcuteries, plats préparés à base de viande), de céréales raffinées, de boissons sucrées, de fritures et de produits laitiers entiers à dose élevée. Les études d’observation rapportent, chez les hommes les plus exposés à ce profil, une numération plus basse, une mobilité réduite et un volume éjaculatoire moindre [1].

    À retenir : aucun aliment unique n’explique ces écarts. C’est la densité globale en nutriments protecteurs et la faible charge en composés pro-oxydants qui distinguent les deux modèles. Pour aller plus loin sur l’impact des facteurs de mode de vie associés, consultez notre dossier sur alcool, tabac et alimentation chez l’homme.

    Douze aliments clés à intégrer

    La liste qui suit n’est pas exhaustive, mais elle réunit les aliments les plus densément étudiés dans le contexte de la fertilité masculine. L’objectif est d’en intégrer plusieurs chaque semaine, en variant les sources.

    1. Poissons gras (oméga-3 EPA et DHA)

    Sardines, maquereaux, harengs, anchois, saumon sauvage : 2 à 3 portions par semaine apportent les oméga-3 marins qui s’intègrent à la membrane spermatique. Les études d’intervention montrent une amélioration de la mobilité progressive après 3 à 6 mois d’apport régulier [7]. Privilégier les petits poissons gras réduit l’exposition aux contaminants métalliques.

    2. Huîtres et fruits de mer (zinc et sélénium)

    L’huître concentre des quantités exceptionnelles de zinc (jusqu’à 40 mg pour 100 g), un minéral indispensable à la spermatogenèse et au maintien de la testostérone. Les moules, palourdes et crevettes apportent également du sélénium et de l’iode. Une portion de fruits de mer par semaine couvre largement les besoins en zinc lorsqu’elle est associée à d’autres sources alimentaires.

    3. Noix, et notamment noix du Brésil

    Les noix combinent acide alpha-linolénique (ALA, précurseur des oméga-3), vitamine E, polyphénols et magnésium. La noix du Brésil se distingue par sa teneur en sélénium : 1 à 2 noix par jour couvrent l’apport journalier recommandé. Une étude randomisée publiée en 2018 sur 119 hommes jeunes a montré qu’une consommation quotidienne de 60 g de noix mélangées améliorait la vitalité, la mobilité et la morphologie spermatiques sur 14 semaines [8].

    4. Légumes verts à feuilles (folates et antioxydants)

    Épinards, blettes, mâche, roquette, persil, chou kale : ces végétaux concentrent folates (vitamine B9), magnésium, vitamine K et caroténoïdes. Les folates sont essentiels à la synthèse de l’ADN, donc à la qualité génétique des spermatozoïdes. Les hommes consommant le plus de folates alimentaires présentent un taux moindre d’anomalies chromosomiques spermatiques.

    5. Fruits rouges et baies (anthocyanes)

    Myrtilles, framboises, mûres, fraises, cassis : ces fruits sont parmi les sources les plus denses en anthocyanes, polyphénols à fort potentiel antioxydant. Une portion de 100 à 150 g, 3 à 4 fois par semaine, contribue à réduire le stress oxydatif séminal.

    6. Légumes crucifères (sulforaphane)

    Brocoli, chou-fleur, chou rouge, choux de Bruxelles, roquette : les crucifères apportent du sulforaphane, un composé soufré qui active les voies de détoxification cellulaire et soutient la défense antioxydante endogène. Une cuisson à la vapeur courte préserve l’enzyme nécessaire à la formation du sulforaphane.

    7. Tomates cuites (lycopène)

    Le lycopène, caroténoïde dominant de la tomate, est plus biodisponible après cuisson et en présence de matière grasse. Plusieurs essais cliniques montrent qu’une supplémentation en lycopène ou une consommation régulière de produits dérivés de la tomate cuite (sauce, concentré) est associée à une amélioration de la mobilité et de la morphologie spermatiques.

    8. Grenade (urolithines et punicalagines)

    La grenade contient des polyphénols spécifiques (punicalagines) qui, après transformation par le microbiote intestinal, donnent les urolithines. Ces métabolites ont des effets documentés sur la fonction mitochondriale. Le jus de grenade frais et les graines entières sont à privilégier sur les jus reconstitués sucrés.

    9. Œufs (choline, B12, qualité protéique)

    L’œuf entier fournit une protéine de référence, de la choline (cofacteur des phospholipides membranaires), de la vitamine B12 et du sélénium. Deux à six œufs par semaine s’intègrent sans difficulté dans un régime équilibré. La consommation modérée d’œufs n’est pas associée à une dégradation des paramètres spermatiques dans les cohortes publiées.

    10. Huile d’olive extra-vierge

    Pilier du modèle méditerranéen, l’huile d’olive extra-vierge apporte acide oléique, polyphénols (oléocanthal, hydroxytyrosol) et vitamine E. Utilisée crue sur les crudités, les légumes vapeur, les poissons, à raison de 2 à 4 cuillères à soupe par jour, elle structure l’apport en bonnes graisses.

    11. Légumineuses (folates et fibres)

    Lentilles, pois chiches, haricots rouges, fèves, pois cassés : 3 à 4 portions hebdomadaires apportent folates, fibres, magnésium, fer non héminique et protéines végétales. Elles permettent aussi de réduire la part des viandes rouges et transformées dans l’assiette.

    12. Chocolat noir 70 % et plus (flavonoïdes)

    Le cacao concentre flavonoïdes, magnésium et théobromine. Deux carrés (15 à 20 g) par jour de chocolat noir à 70 % minimum apportent une dose intéressante de polyphénols sans excès calorique. Au-delà, l’apport en sucres ajoutés et en graisses devient contre-productif.

    Tableau récapitulatif : aliments, nutriments, bénéfices documentés

    Aliment Nutriments clés Fréquence suggérée Bénéfice principal étudié
    Sardines, maquereau, hareng EPA, DHA, vitamine D, sélénium 2 à 3 fois / semaine Mobilité, fluidité membranaire
    Huîtres, palourdes, moules Zinc, sélénium, B12, iode 1 fois / semaine Numération, testostérone
    Noix du Brésil Sélénium, vitamine E, magnésium 1 à 2 par jour Antioxydation, morphologie
    Noix, amandes, noisettes ALA, vitamine E, polyphénols 30 à 60 g / jour Mobilité, vitalité spermatique
    Épinards, mâche, persil Folates B9, magnésium, lutéine Quotidien Intégrité ADN, morphologie
    Myrtilles, framboises, mûres Anthocyanes, vitamine C 3 à 4 fois / semaine Réduction du stress oxydatif
    Brocoli, chou-fleur, kale Sulforaphane, vitamine K 2 à 3 fois / semaine Détoxification, antioxydation
    Sauce tomate cuite Lycopène, vitamine C, potassium 2 à 4 fois / semaine Mobilité, morphologie
    Grenade fraîche ou jus 100 % Punicalagines, urolithines 2 à 3 fois / semaine Fonction mitochondriale
    Œufs entiers Choline, B12, protéines, sélénium 3 à 6 / semaine Membranes, synthèse hormonale
    Huile d’olive extra-vierge Acide oléique, polyphénols, vitamine E 2 à 4 c. à s. / jour Profil lipidique, antioxydation
    Lentilles, pois chiches, haricots Folates, fibres, magnésium, fer 3 à 4 fois / semaine Intégrité ADN, satiété
    Chocolat noir 70 %+ Flavonoïdes, magnésium 15 à 20 g / jour Réduction du stress oxydatif

    Pour une approche complémentaire centrée sur les aliments les plus protecteurs, consultez aussi notre page sur les meilleurs aliments pour améliorer la fertilité, qui couvre également la perspective féminine et la fertilité du couple.

    Micronutriments cibles à atteindre

    Au-delà des aliments individuels, plusieurs apports nutritionnels font l’objet d’un consensus dans la littérature consacrée à la fertilité masculine. Les valeurs ci-dessous sont indicatives pour un homme adulte en projet de conception et correspondent à des apports journaliers cumulés via l’alimentation.

    Zinc, sélénium, folates, oméga-3, vitamine D

    • Zinc : viser 11 à 15 mg par jour. Sources : huîtres, bœuf maigre, graines de courge, légumineuses, fromages affinés.
    • Sélénium : viser environ 70 µg par jour. Sources : 1 à 2 noix du Brésil, poissons, œufs, abats.
    • Folates (B9) : viser 400 à 600 µg par jour. Sources : légumes verts à feuilles, légumineuses, foie, asperges.
    • Oméga-3 EPA + DHA : viser 250 à 500 mg par jour cumulés. Sources : sardines, maquereau, hareng, saumon sauvage.
    • Vitamine D : viser 800 à 2000 UI par jour selon le statut sanguin et l’ensoleillement. Sources : poissons gras, jaune d’œuf, exposition solaire raisonnée.
    Bon réflexe : avant de modifier votre alimentation en profondeur, demandez à votre médecin un bilan biologique incluant 25(OH)-vitamine D, ferritine, zinc plasmatique et homocystéine. Cibler une carence est plus efficace que supplémenter à l’aveugle.

    Aliments à limiter ou éviter

    Symétriquement, plusieurs catégories alimentaires apparaissent défavorablement associées aux paramètres spermatiques dans les études d’observation et, parfois, dans les protocoles interventionnels.

    Aliments à limiter durant les 3 à 6 mois précédant un projet de conception :
    • Viandes transformées (charcuteries industrielles, saucisses, bacon, viande reconstituée) : associées à une numération et une mobilité spermatiques plus basses dans la cohorte EARTH.
    • Produits ultra-transformés (plats préparés, snacks salés, biscuits industriels, sodas) : densément caloriques, pauvres en micronutriments protecteurs, riches en additifs et en graisses partiellement hydrogénées.
    • Sucres rapides en excès (sodas, jus de fruits industriels, viennoiseries, confiseries) : favorisent l’inflammation et la dégradation du profil métabolique.
    • Alcool : limiter à moins de 7 verres par semaine, idéalement moins en projet de conception. L’éthanol abaisse la testostérone et augmente le stress oxydatif testiculaire.
    • Fritures et cuissons à haute température : génèrent acrylamide et composés de Maillard tardifs (AGEs), pro-oxydants.
    • Soja en excès (plusieurs portions par jour de tofu, lait, yaourts de soja) : à dose modérée, l’impact est probablement négligeable, mais une consommation très élevée peut moduler l’axe hormonal chez certains hommes.

    Réduire ces postes ne signifie pas les interdire totalement, mais en faire des exceptions plutôt que des bases régulières du quotidien.

    Assiettes types sur une semaine

    Voici une trame d’assiettes calibrée pour intégrer les aliments décrits plus haut, sans rigidité excessive. Les portions sont à ajuster au gabarit et au niveau d’activité physique.

    Petits-déjeuners

    Option A : flocons d’avoine, myrtilles, 1 c. à s. de noix concassées, 1 noix du Brésil, 1 yaourt nature. Option B : 2 œufs brouillés, 1 tranche de pain complet, avocat, tomate. Option C : fromage blanc, framboises, graines de courge, 2 carrés de chocolat noir 70 %.

    Déjeuners

    Saumon vapeur, riz complet, brocolis et carottes, filet d’huile d’olive, salade de mâche. Ou : buddha bowl pois chiches rôtis, quinoa, épinards, betterave, sauce tahini citron. Ou : sardines à l’huile d’olive, salade de lentilles et tomates, fenouil cru.

    Dîners

    Maquereau grillé, purée de chou-fleur, salade verte. Ou : omelette aux herbes, ratatouille, salade roquette-grenade. Ou : curry de lentilles corail, riz basmati semi-complet, épinards à la vapeur. Ou : daurade au four, écrasé de patate douce, asperges vapeur, huile d’olive.

    Collations et boissons

    Une poignée d’amandes ou de noix en milieu d’après-midi, un fruit frais, un carré de chocolat noir. Boissons : eau plate ou pétillante, infusions, thé vert. Le café à dose modérée (jusqu’à 3 tasses par jour) n’a pas d’effet délétère démontré sur la fertilité masculine.

    Logique de construction : une assiette équilibrée intègre une source de protéines de qualité (poisson, œuf, légumineuse), au moins la moitié de l’assiette en légumes variés, une céréale peu raffinée ou un féculent et 1 à 2 c. à s. d’huile d’olive. La densité en végétaux et la diversité hebdomadaire priment sur la perfection d’un seul repas.

    Hydratation, poids corporel et mode de vie

    Hydratation

    Le volume de l’éjaculat est en partie corrélé à l’hydratation globale. Viser 1,5 à 2 litres d’eau par jour, davantage en cas d’exercice physique ou de chaleur, est un repère raisonnable. Limiter les sodas et boissons sucrées, qui apportent du sucre sans bénéfice nutritionnel.

    Indice de masse corporelle

    Un IMC supérieur à 30 est statistiquement associé à une numération spermatique plus basse, une mobilité diminuée et un taux de fragmentation de l’ADN plus élevé. La perte de 5 à 10 % du poids corporel, lorsque le surpoids est avéré, améliore en moyenne plusieurs paramètres spermatiques et la testostérone libre, sans qu’il soit nécessaire d’atteindre un poids idéal pour observer un bénéfice.

    Mode de vie associé

    L’alimentation s’inscrit dans un ensemble. Tabagisme, exposition aux perturbateurs endocriniens, manque de sommeil, surchauffe testiculaire (bains chauds prolongés, ordinateur portable sur les genoux), sédentarité et stress chronique pèsent également sur les paramètres séminaux. Pour une vision globale des leviers comportementaux, consultez notre dossier dédié à augmenter naturellement la qualité des spermatozoïdes.

    Quelle place pour les compléments alimentaires ?

    Les compléments alimentaires constituent un appoint, jamais une substitution à une alimentation cohérente. Plusieurs nutriments font l’objet d’essais cliniques en supplémentation : zinc, sélénium, vitamine E, vitamine C, coenzyme Q10, L-carnitine, oméga-3 marins, folates. Les méta-analyses Cochrane restent prudentes : les effets observés sont généralement modestes, et la qualité méthodologique des études est hétérogène [5].

    Qui peut en tirer bénéfice ?

    Les hommes présentant une carence biologique avérée (vitamine D basse, zinc plasmatique bas, statut en oméga-3 indexé bas) ou un terrain de stress oxydatif élevé (fragmentation de l’ADN supérieure à 25 %, varicocèle) sont ceux pour lesquels une supplémentation ciblée peut faire sens, sous suivi médical. Hors carence, l’apport via l’alimentation reste le pilier prioritaire.

    Précautions générales

    Évitez les méga-doses non justifiées : un excès de zinc inhibe l’absorption du cuivre ; un excès de sélénium (au-delà de 400 µg/j) peut devenir toxique ; un excès d’antioxydants synthétiques pourrait, paradoxalement, perturber la signalisation oxydative physiologique. Privilégiez des formulations dosées dans les fourchettes nutritionnelles, multi-nutriments, et discutez-en avec un professionnel de santé. Notre dossier sur les compléments alimentaires pour soutenir la fertilité masculine détaille les profils étudiés et les précautions d’usage. Pour les oméga-3 spécifiquement, voir aussi notre page oméga-3 et fertilité.

    Questions fréquentes : aliments fertilité masculine

    En combien de temps une amélioration alimentaire peut-elle modifier un spermogramme ?

    Comptez au minimum 10 à 12 semaines, durée d’un cycle de spermatogenèse. Une évaluation honnête se fait sur 3 à 6 mois de modifications alimentaires consistantes.

    Le café nuit-il à la fertilité masculine ?

    Les données convergent sur une consommation modérée (jusqu’à 3 tasses par jour) sans effet délétère identifié. Au-delà, certaines études suggèrent un impact possible sur la fragmentation de l’ADN, sans consensus établi.

    Faut-il éviter tous les produits laitiers ?

    Non. Les laitages entiers en très grande quantité ont été pointés dans certaines cohortes, mais les laitages fermentés (yaourts, fromages affinés) à dose raisonnable ne posent pas de problème documenté. Le bon repère est la modération.

    Le régime végétarien est-il compatible avec un projet de conception ?

    Oui, à condition d’être bien construit : sources variées de protéines végétales, légumineuses régulières, fruits à coque, œufs et produits laitiers si lacto-ovo, supplémentation en vitamine B12 si végétalien, surveillance du statut en fer, zinc, oméga-3 (algues ou supplémentation).

    Le soja diminue-t-il la testostérone ?

    Les méta-analyses ne montrent pas d’effet significatif aux doses alimentaires habituelles (1 à 2 portions par jour). Une consommation très élevée (au-delà de 3 à 4 portions quotidiennes) pourrait moduler l’axe hormonal chez certains hommes.

    Combien d’alcool est-il raisonnable de consommer ?

    Idéalement, limiter à moins de 7 verres standards par semaine, voire moins en période active de conception. L’éthanol abaisse la testostérone et augmente le stress oxydatif testiculaire.

    Une noix du Brésil par jour suffit-elle pour le sélénium ?

    Une à deux noix du Brésil par jour couvrent généralement l’apport recommandé en sélénium. Au-delà de 3 à 4 noix par jour, le risque de dépassement de la dose tolérable existe.

    Est-il utile de prendre des antioxydants en gélules ?

    Pour un homme sans carence et avec une alimentation déjà dense en végétaux, le bénéfice attendu est faible. En cas de fragmentation de l’ADN élevée ou de varicocèle, un protocole ciblé sous suivi médical peut se discuter.

    Conclusion

    Les aliments qui améliorent la fertilité masculine ne tiennent pas dans une liste magique mais dans un modèle alimentaire cohérent : régime de type méditerranéen, dense en légumes, fruits, légumineuses, poissons gras, fruits à coque et huile d’olive, avec une réduction marquée des produits ultra-transformés, viandes transformées, sucres rapides et alcool. Les paramètres spermatiques – numération, mobilité, morphologie, intégrité de l’ADN – répondent à cette structure sur une fenêtre de 3 à 6 mois. Cibler 11 à 15 mg de zinc, 70 µg de sélénium, 400 à 600 µg de folates, 250 à 500 mg d’oméga-3 EPA + DHA et un statut vitamine D adéquat constitue un cadre opérationnel clair. Les compléments alimentaires interviennent en appoint, ciblé et raisonné, jamais en substitution. Cette page a un objectif informatif et ne remplace pas un avis médical individualisé, particulièrement en parcours d’assistance médicale à la procréation.

    Références scientifiques

    Sources
    1. Salas-Huetos A, Bulló M, Salas-Salvadó J. Dietary patterns, foods and nutrients in male fertility parameters and fecundability: a systematic review of observational studies. Human Reproduction Update. 2017;23(4):371-389. Lien
    2. Aitken RJ, Smith TB, Jobling MS, Baker MA, De Iuliis GN. Oxidative stress and male reproductive health. Asian Journal of Andrology. 2014;16(1):31-38.
    3. World Health Organization. WHO laboratory manual for the examination and processing of human semen, 6th edition. Geneva: WHO; 2021.
    4. Boxmeer JC, Smit M, Utomo E, et al. Low folate in seminal plasma is associated with increased sperm DNA damage. Fertility and Sterility. 2009;92(2):548-556.
    5. de Ligny W, Smits RM, Mackenzie-Proctor R, et al. Antioxidants for male subfertility. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2022;5:CD007411.
    6. Karayiannis D, Kontogianni MD, Mendorou C, et al. Adherence to the Mediterranean diet and IVF success rate among non-obese women attempting fertility. Human Reproduction. 2018;33(3):494-502 (EARTH Study). Lien
    7. Safarinejad MR. Effect of omega-3 polyunsaturated fatty acid supplementation on semen profile and enzymatic anti-oxidant capacity of seminal plasma in infertile men with idiopathic oligoasthenoteratospermia. Andrologia. 2011;43(1):38-47.
    8. Salas-Huetos A, Moraleda R, Giardina S, et al. Effect of nut consumption on semen quality and functionality in healthy men consuming a Western-style diet: a randomized controlled trial. American Journal of Clinical Nutrition (AJCN). 2018;108(5):953-962.