Les aliments autorisés et interdits pendant la grossesse

    aliments interdits grossesse

    Les aliments pendant la grossesse méritent une attention particulière : les besoins nutritionnels évoluent nettement, et certains produits doivent être écartés pour prévenir les risques infectieux spécifiques à cette période (listériose, toxoplasmose, salmonellose). Au-delà des recommandations négatives, la grossesse constitue surtout un moment privilégié pour consolider des habitudes alimentaires équilibrées, diversifier les apports en micronutriments essentiels et soutenir la croissance fœtale comme le confort maternel. Ce dossier présente un tour d'horizon des aliments à privilégier, de ceux à éviter et des situations qui appellent à consulter votre sage-femme ou votre gynécologue, sans se substituer au suivi médical personnalisé qui reste au cœur de la prise en charge prénatale.

    Besoins nutritionnels pendant la grossesse

    La grossesse entraîne une augmentation modérée des besoins énergétiques (environ +70 kcal/jour au premier trimestre, +260 kcal au deuxième, +500 kcal au troisième), mais surtout une élévation significative des besoins en certains micronutriments. L'ANSES et Santé publique France précisent ces repères dans leurs recommandations dédiées aux femmes enceintes (1).

    Principe général

    L'adage populaire "manger pour deux" cède la place à une logique de qualité plutôt que de quantité : les besoins en vitamines et minéraux progressent plus vite que les besoins en calories, ce qui justifie une alimentation dense et variée. Les choix alimentaires se structurent autour de trois repas principaux et d'une ou deux collations, ajustés au confort digestif.

    aliments pour la grossesse

    Aliments à privilégier

    La grossesse est l'occasion de composer une assiette colorée, cohérente avec les repères du Programme National Nutrition Santé (PNNS) et enrichie en aliments particulièrement utiles à cette période.

    Les familles essentielles

    • Légumes variés : au moins deux portions par repas, de préférence de saison, bien lavés et cuits lorsqu'il y a un doute sur la toxoplasmose.
    • Fruits frais : deux à trois portions par jour, bien rincés.
    • Céréales complètes ou semi-complètes : pain complet, riz basmati, pâtes complètes, flocons d'avoine, quinoa.
    • Légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots, riches en folates, en fer et en fibres.
    • Protéines bien cuites : volaille, bœuf, poisson (hors exclusions), œufs cuits, tofu, seitan.
    • Produits laitiers pasteurisés : yaourts, fromages à pâte pressée cuite (comté, emmental, parmesan), laits pasteurisés ou UHT.
    • Matières grasses de qualité : huile de colza, huile d'olive, huile de noix, oléagineux.

    Poissons gras, avec mesure

    Les poissons gras (sardine, maquereau, hareng, saumon d'élevage) apportent l'EPA et le DHA, dont le DHA contribue au développement normal du cerveau et des yeux du fœtus et du nourrisson allaité au sein, à raison d'un apport maternel supplémentaire de 200 mg de DHA en plus des 250 mg quotidiens recommandés chez l'adulte (2). Deux portions de poisson par semaine, dont une de poisson gras, sont recommandées, en privilégiant les espèces peu contaminées (sardine, maquereau) et en évitant les gros prédateurs (espadon, requin, marlin, thon rouge).

    Micronutriments clés : folates, fer, iode, calcium

    Quatre micronutriments méritent une attention particulière pendant la grossesse. Leur couverture se fait majoritairement par l'alimentation, parfois complétée par une supplémentation médicalement prescrite.

    Nutriment Besoin pendant la grossesse Principales sources
    Folates (B9) 600 µg/jour Légumes verts, légumineuses, foie (à éviter), supplémentation préconceptionnelle
    Fer 16-20 mg/jour Viande rouge, volaille, légumineuses, œufs
    Iode 200 µg/jour Sel iodé, produits laitiers, poissons, œufs
    Calcium 1 000 mg/jour Produits laitiers pasteurisés, sardines, eaux minérales calciques
    Vitamine D 15 µg/jour Poissons gras, œufs, supplémentation médicale
    DHA +200 mg/jour Poissons gras, compléments sur avis médical

    Folates (vitamine B9)

    Une supplémentation en acide folique de 400 µg par jour est classiquement recommandée un à deux mois avant la conception et pendant le premier trimestre, pour participer à la réduction du risque d'anomalies de fermeture du tube neural. Cette supplémentation relève d'une prescription médicale.

    Fer

    Les besoins en fer augmentent fortement à partir du deuxième trimestre. Le fer héminique, mieux absorbé, se trouve dans les viandes. Le fer non héminique, présent dans les légumineuses et les légumes verts, voit son absorption améliorée par la vitamine C des fruits et légumes (3).

    Iode

    L'iode participe au fonctionnement normal de la thyroïde maternelle et fœtale. Le sel iodé, les produits laitiers et les œufs constituent les principales sources alimentaires. En cas de régime restrictif, un avis médical oriente vers une supplémentation.

    Calcium et vitamine D

    Le calcium soutient la minéralisation osseuse du fœtus et préserve le capital osseux maternel. La vitamine D, souvent insuffisante à cette période, fait généralement l'objet d'une supplémentation systématique au 6e ou 7e mois, sur prescription médicale.

    Prise de poids : repères par trimestre

    La prise de poids gestationnelle attendue dépend de l'IMC pré-conceptionnel. Les recommandations de l'Institute of Medicine, largement reprises par les professionnels francophones, situent la fourchette entre 11,5 et 16 kg pour une femme d'IMC normal, 12,5 à 18 kg en cas d'IMC inférieur à 18,5, 7 à 11,5 kg en cas de surpoids et 5 à 9 kg en cas d'obésité avérée (7). La courbe n'est pas linéaire : la prise est faible au premier trimestre (1 à 2 kg), plus soutenue au deuxième (4 à 6 kg) et au troisième (4 à 6 kg). L'écart par rapport à ces repères n'a pas, en soi, valeur de diagnostic ; il constitue une base de discussion avec la sage-femme lors des consultations mensuelles.

    Aliments à éviter et pourquoi

    Certains aliments exposent à des risques infectieux ou toxiques spécifiques pendant la grossesse. Cette liste, adaptée des recommandations officielles de Santé publique France et des ARS, permet de composer ses repas en sécurité.

    • Alcool : aucune consommation n'est considérée comme sûre pendant la grossesse (recommandations HAS).
    • Viandes crues ou peu cuites : tartare, carpaccio, rosbif saignant, charcuterie crue (risque de toxoplasmose).
    • Charcuteries cuites en tranches (jambon, rillettes, pâtés) : à éviter si non réchauffées (risque de listériose).
    • Poissons crus, fumés ou marinés : sushis, sashimis, gravlax, tarama, saumon fumé (risque de listériose).
    • Fruits de mer crus : huîtres, tartares de poisson.
    • Fromages au lait cru, fromages à pâte molle : brie, camembert, chèvre frais, roquefort (risque de listériose).
    • Œufs crus ou peu cuits : mayonnaise maison, tiramisu, mousse au chocolat non cuite.
    • Foie et abats : très riches en vitamine A, tératogène à forte dose.
    • Graines germées crues : luzerne, fenugrec, brocoli en germes.
    • Gros poissons prédateurs : espadon, requin, marlin, thon rouge (teneurs en mercure).
    • Caféine en excès : moins de 200 mg/jour, soit environ deux petites tasses de café.
    • Plantes en tisane ou en complément : toute complémentation ou phytothérapie doit faire l'objet d'un avis médical préalable.

    Prévenir la listériose

    La listériose est une infection bactérienne causée par Listeria monocytogenes, capable de traverser la barrière placentaire. Chez la femme enceinte, elle peut entraîner des complications sévères (4). La prévention passe par l'éviction des aliments à risque et des gestes d'hygiène alimentaire rigoureux.

    Gestes clés

    • Cuire à cœur toutes les viandes, volailles et poissons.
    • Réchauffer systématiquement les restes à plus de 75 °C au cœur.
    • Retirer la croûte des fromages autorisés.
    • Nettoyer régulièrement le réfrigérateur (température ≤ 4 °C).
    • Séparer les aliments crus des aliments cuits.
    • Respecter les dates de péremption.

    Prévenir la toxoplasmose

    La toxoplasmose est une infection parasitaire (Toxoplasma gondii). Si la future maman n'est pas immunisée, la prévention devient essentielle tout au long de la grossesse.

    • Laver soigneusement les fruits, légumes et herbes aromatiques.
    • Bien cuire toutes les viandes (plus de 67 °C à cœur).
    • Éviter les viandes marinées, crues, fumées ou salées.
    • Se laver les mains après manipulation de viande crue, après jardinage, après contact avec un bac à litière.
    • Confier le nettoyage de la litière du chat à une autre personne, ou porter des gants.
    • Porter des gants pour le jardinage et manipuler de la terre.
    Suivi médical : une sérologie de la toxoplasmose est réalisée au début de la grossesse. Si la future maman est non immunisée, une surveillance mensuelle est mise en place, avec rappel des consignes de prévention.

    Hygiène alimentaire et gestes simples

    Les règles d'hygiène alimentaire, déjà utiles en temps normal, prennent une dimension particulière pendant la grossesse. Elles se résument à quelques gestes simples mais systématiques.

    1. Se laver les mains avant chaque préparation.
    2. Laver abondamment fruits, légumes et herbes aromatiques à l'eau courante.
    3. Nettoyer les plans de travail et ustensiles entre deux aliments.
    4. Respecter la chaîne du froid (réfrigérateur à 4 °C, congélateur à -18 °C).
    5. Cuire les aliments à cœur (viande, volaille, poisson, œufs).
    6. Réchauffer systématiquement les restes.
    7. Ne pas consommer les aliments au-delà de la date limite de consommation (DLC).

    Suivi médical et questions fréquentes

    Le suivi prénatal reste le pivot de l'alimentation pendant la grossesse. La sage-femme, le médecin traitant ou le gynécologue peuvent orienter vers un diététicien en cas de questions nutritionnelles spécifiques (diabète gestationnel, régime végétarien ou végan strict, carences documentées, troubles du comportement alimentaire).

    Poissons et mercure : repères par espèce

    La contamination au méthylmercure varie fortement selon l'espèce et la place du poisson dans la chaîne trophique. Les poissons gras de petite taille (sardine, maquereau, hareng, anchois) présentent des teneurs faibles, tandis que les prédateurs en bout de chaîne (espadon, marlin, requin, thon obèse, lotte, bar sauvage de grande taille) concentrent davantage de mercure. L'ANSES recommande aux femmes enceintes et allaitantes de limiter les espèces à risque à deux portions par mois maximum, et de varier les espèces pour un apport équilibré en EPA, DHA, iode et sélénium (8).

    Catégorie Exemples Fréquence conseillée pendant la grossesse
    Faible mercure, riches en oméga-3 Sardine, maquereau, hareng, anchois, saumon 1 à 2 fois/semaine
    Mercure modéré Cabillaud, lieu, merlan, colin, sole Libre, dans les 2 portions hebdo
    Mercure élevé Thon en boîte, bar, raie, dorade Limiter à 1 fois/semaine
    Mercure très élevé Espadon, marlin, requin, thon rouge, empereur À éviter
    Important : toute supplémentation (vitamines, minéraux, plantes) doit faire l'objet d'un avis médical préalable pendant la grossesse. Les compléments alimentaires, même "naturels", ne sont pas anodins chez la femme enceinte et appellent au discernement de votre sage-femme ou de votre gynécologue.

    Pour compléter ce dossier, vous pouvez consulter notre fiche aliments contre l'anémie, utile pendant la grossesse, et notre dossier aliments riches en fer, toujours sur avis de votre sage-femme.

    Pour aller plus loin — Découvrez aussi alimentation pendant la grossesse, gelee royale et allaitement.

    Questions fréquentes sur l'alimentation pendant la grossesse

    Quels sont les aliments interdits pendant la grossesse ?

    Les principaux aliments à éviter sont l'alcool, les viandes et poissons crus ou peu cuits, les charcuteries non réchauffées, les fromages au lait cru et à pâte molle, les œufs crus, le foie et les abats, les graines germées crues et les gros poissons prédateurs.

    Peut-on manger du jambon blanc enceinte ?

    Le jambon blanc cuit en tranche sous vide est possible sur le plan du risque listéria lorsqu'il est consommé rapidement après ouverture et à température de réfrigération stricte. En cas de doute, le réchauffer à plus de 75 °C à cœur est prudent. L'avis de votre sage-femme reste souverain.

    Quels fromages peut-on manger enceinte ?

    Les fromages à pâte pressée cuite au lait pasteurisé (comté, emmental, gruyère, parmesan, beaufort), le fromage fondu, le fromage frais pasteurisé (type petit-suisse, fromage blanc) sont autorisés. Les fromages au lait cru et à pâte molle sont déconseillés.

    Peut-on manger du poisson enceinte ?

    Oui, deux portions par semaine dont une de poisson gras (sardine, maquereau, hareng, saumon), en privilégiant les espèces peu contaminées en mercure. Les gros prédateurs (espadon, requin, marlin, thon rouge) sont à éviter, de même que les poissons crus, fumés ou marinés.

    Peut-on boire du café enceinte ?

    La consommation de caféine doit rester modérée, généralement moins de 200 mg par jour, ce qui correspond à environ deux petites tasses de café. Thé, sodas au cola et certaines boissons énergisantes comptent également dans ce total.

    Quels aliments contre les nausées en début de grossesse ?

    Privilégier des repas légers et fractionnés, des aliments secs au réveil (biscotte, cracker), le gingembre frais en infusion légère (avec validation de la sage-femme), les aliments neutres et froids plutôt que très chauds ou épicés. En cas de vomissements importants, consulter sans tarder.

    Peut-on prendre des compléments alimentaires enceinte ?

    Toute supplémentation, qu'il s'agisse de vitamines, de minéraux ou de plantes, doit faire l'objet d'un avis médical préalable. Les recommandations courantes concernent les folates en préconceptionnel, la vitamine D en fin de grossesse, le fer si carence documentée, et parfois le DHA.

    Peut-on prendre des tisanes enceinte ?

    Certaines plantes sont contre-indiquées (sauge officinale, persil en infusion concentrée, réglisse, thym en excès). Les tisanes fades (verveine, tilleul, rooibos, fleur d'oranger) en consommation modérée sont habituellement tolérées, toujours sur avis de la sage-femme ou du gynécologue.

    Conclusion

    L'alimentation pendant la grossesse combine une plus grande variété nutritionnelle et une vigilance précise sur quelques aliments à risque infectieux ou toxique. Le socle reste une assiette colorée, riche en fruits et légumes bien lavés, en céréales complètes, en légumineuses, en protéines bien cuites et en produits laitiers pasteurisés, accompagnée des gestes simples d'hygiène alimentaire. Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'un suivi médical régulier : votre sage-femme, votre gynécologue ou votre médecin traitant restent les interlocuteurs de référence pour toute question spécifique à votre situation personnelle.

    Références scientifiques

    1. ANSES — Nutrition et grossesse : repères et conseils
    2. EFSA — Health claims related to EPA, DHA and pregnancy
    3. EFSA — Health claims related to vitamin C and iron absorption
    4. Santé.fr — Listériose pendant la grossesse
    5. HAS — Recommandations pour les femmes enceintes
    6. OMS — Healthy diet recommendations
    7. Institute of Medicine — Weight Gain During Pregnancy: Reexamining the Guidelines
    8. ANSES — Poisson et produits de la pêche : consommation et mercure
    9. CIANE — Collectif interassociatif autour de la naissance
    10. OMS — Allaitement maternel : recommandations
    11. ANSES — Alimentation des femmes enceintes et allaitantes
    12. NCBI Bookshelf — Drugs and Lactation Database (LactMed)
    13. Cochrane — Interventions to support breastfeeding mothers