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Utilisé depuis l'Antiquité pour accompagner les troubles de l'humeur, le millepertuis (Hypericum perforatum) est l'une des plantes les plus étudiées dans le champ de l'humeur. C'est aussi l'une des plus délicates à employer : ses principes actifs interagissent avec de très nombreux médicaments. Voici, de façon prudente et documentée, ce que l'on sait du lien entre le millepertuis et la dépression, ce que disent les études, et les précautions indispensables avant tout usage.
La dépression, que l'on appelle aussi « trouble dépressif » ou « dépression nerveuse », est une maladie psychique fréquente. Elle ne désigne pas un simple coup de tristesse ou une déprime passagère, mais un véritable trouble de santé. La dépression se manifeste par des perturbations de l'humeur qui retentissent durablement sur la vie quotidienne. Sa survenue peut être liée à de nombreux facteurs psychologiques, environnementaux et biologiques.
Elle se caractérise par des perturbations importantes de l'humeur, telles que la perte de plaisir (anhédonie) ou une tristesse persistante, souvent accompagnées d'une vision pessimiste de soi et du monde. Ces manifestations durent généralement plusieurs semaines et entraînent des conséquences visibles : troubles de l'appétit, du sommeil, baisse du désir, isolement, ralentissement intellectuel… Parce qu'il s'agit d'une maladie, la dépression nécessite un diagnostic et un suivi par un professionnel de santé. Aucune plante ni aucun complément alimentaire ne se substitue à cette prise en charge.
Depuis plusieurs siècles, le millepertuis est associé, dans l'usage traditionnel, à la mélancolie, au stress et aux troubles de l'humeur. Au Moyen Âge, on lui prêtait la réputation d'éloigner les « idées noires ». L'Agence européenne des médicaments (EMA) reconnaît d'ailleurs un usage traditionnel de la plante pour soulager temporairement l'abattement passager et la fatigue nerveuse (1). Mais que disent les données contemporaines, et avec quel niveau de preuve ?
Avant tout, un rappel essentiel : un avis médical est vivement recommandé en cas de dépression. Le millepertuis ne dispense ni d'un diagnostic, ni d'un suivi. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien, d'autant que cette plante interagit avec de nombreux traitements (voir plus bas).

L'intérêt porté au millepertuis tient à sa composition phytochimique particulièrement dense. La plante renferme des composés aux propriétés antioxydantes mesurées in vitro : flavonoïdes, acides-phénols, bioflavonoïdes, tanins, composés phénoliques, xanthones et proanthocyanidols. On y trouve aussi deux molécules emblématiques, l'hypéricine (un pigment rouge) et l'hyperforine, qui concentrent l'essentiel des travaux de recherche. La plante contient par ailleurs de petites quantités de mélatonine. Cet ensemble de composés explique pourquoi le millepertuis figure parmi les plantes les plus explorées sur le terrain de l'humeur — sans que cela constitue, en soi, une preuve d'efficacité chez l'humain.
Dans la tradition phytothérapique européenne, le millepertuis a longtemps été employé pour accompagner les baisses de moral passagères, le stress et la fatigue nerveuse. L'EMA classe ces usages dans le registre de l'usage traditionnel, c'est-à-dire fondé sur l'ancienneté de l'emploi plutôt que sur des essais cliniques de grande ampleur (1). Il est intéressant de noter que la notion de « dépression » au sens médical actuel n'existait pas dans la médecine traditionnelle : la plante y était utilisée pour « fortifier les nerfs » et « restaurer l'équilibre émotionnel », un registre bien-être plus qu'un registre thérapeutique.
Ce recul historique invite à la nuance : usage traditionnel séculaire ne signifie pas effet démontré sur une maladie. C'est précisément la distinction que l'on retrouve dans l'analyse des études cliniques plus récentes.
Sur le plan des mécanismes, la recherche s'est intéressée à plusieurs voies d'action possibles. L'hyperforine semble influencer la recapture de plusieurs neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de l'humeur, notamment la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline. L'hypéricine a, quant à elle, été étudiée pour une possible inhibition de la monoamine-oxydase, une enzyme qui dégrade ces mêmes monoamines. Ces pistes restent toutefois discutées et l'on ne dispose pas, à ce jour, d'un consensus clair sur le mécanisme prédominant (2).
Ce point a une conséquence concrète et importante : parce que le millepertuis agit, au moins en partie, sur les systèmes sérotoninergiques, son association à un médicament antidépresseur peut entraîner un excès de sérotonine potentiellement dangereux. Nous y revenons dans la section consacrée aux interactions.
C'est probablement la plante la mieux documentée du domaine. La revue systématique Cochrane de référence, menée par Linde et ses collègues et portant sur 29 essais randomisés (environ 5 500 patients), a conclu que des extraits de millepertuis se montraient, dans les dépressions légères à modérées, supérieurs au placebo et d'efficacité globalement comparable à celle des antidépresseurs de référence, avec moins d'effets indésirables rapportés à court terme (2). Une méta-analyse plus récente de Ng et collègues, publiée en 2017 dans le Journal of Affective Disorders, est arrivée à des conclusions proches sur la dépression légère à modérée (3).
Restons toutefois honnêtes sur les limites de ces données. Les auteurs de la revue Cochrane soulignent eux-mêmes que les résultats sont hétérogènes : les essais issus de pays germanophones (où la plante est très utilisée) tendent à être plus favorables que les autres, les extraits testés diffèrent d'une étude à l'autre, et les bénéfices ne sont pas établis pour les formes sévères de dépression. Autrement dit, il existe un faisceau de données encourageant sur les formes légères à modérées, mais qui ne vaut ni promesse, ni recommandation d'automédication : le choix d'une prise en charge revient au médecin, qui pourra en discuter avec vous.

Le sommeil et l'humeur sont étroitement liés : un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité peut peser sur le moral, et inversement. Le millepertuis fait partie des plantes traditionnellement citées dans le registre de la détente nerveuse, et il renferme de petites quantités de mélatonine, la molécule associée à la régulation du cycle veille-sommeil. Les données cliniques spécifiquement consacrées au sommeil restent cependant limitées et moins solides que celles portant sur l'humeur. Pour l'endormissement et le sommeil, d'autres plantes traditionnellement employées comme la valériane ou la mélisse sont davantage documentées dans cette indication.
C'est le point le plus important de cette page, et il ne souffre aucune approximation. Le millepertuis est un puissant inducteur enzymatique : il accélère l'élimination de nombreux médicaments par l'organisme (via le cytochrome P450, notamment le CYP3A4, et la glycoprotéine P). Conséquence : il peut diminuer fortement l'efficacité de traitements pris en parallèle, parfois avec des risques graves. À l'inverse, associé à des médicaments sérotoninergiques, il peut provoquer un excès dangereux de sérotonine.
L'Agence européenne des médicaments rappelle d'ailleurs que l'usage de la plante doit tenir compte de ces interactions cliniquement significatives (1). En France, l'ANSM a émis des mises en garde sur ces mêmes risques (4).
| Médicament / classe | Risque en cas d'association |
|---|---|
| Contraceptifs oraux (pilule) | Baisse d'efficacité → risque de grossesse non désirée et de saignements |
| Antidépresseurs (ISRS, etc.) | Excès de sérotonine pouvant aller jusqu'au syndrome sérotoninergique (urgence) |
| Anticoagulants oraux (warfarine…) | Baisse d'efficacité → risque de thrombose |
| Immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus) | Baisse des concentrations → risque de rejet de greffe |
| Antirétroviraux (VIH) | Perte d'efficacité du traitement |
| Certains anticancéreux | Réduction des concentrations et de l'efficacité |
| Digoxine, certains anti-épileptiques, théophylline… | Modification des concentrations plasmatiques |
Si vous vous sentez mal et pensez traverser un épisode dépressif, la première démarche est d'en parler à votre médecin. Il pourra vous écouter, poser un diagnostic ou vous orienter vers un spécialiste. Le millepertuis ne convient pas à tout le monde, ce qui rend la consultation d'autant plus importante.
Au-delà des interactions médicamenteuses détaillées plus haut, plusieurs contre-indications et précautions sont à connaître. Le millepertuis est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement, ainsi que chez les enfants, faute de données suffisantes sur son innocuité. Il est également déconseillé en cas de certaines pathologies, notamment les troubles bipolaires (risque de virage de l'humeur), la schizophrénie ou la maladie d'Alzheimer. Enfin, la plante peut entraîner une photosensibilisation (sensibilité accrue de la peau au soleil), surtout aux doses élevées, ainsi que, plus rarement, des réactions allergiques ou de légers troubles digestifs.
En pratique, le millepertuis ne doit pas être envisagé comme un produit que l'on prend seul et sans avis. C'est un cas typique où l'accompagnement d'un professionnel de santé n'est pas une formalité, mais une nécessité.
Certains signaux imposent une consultation rapide, sans attendre. Consultez un professionnel de santé si :
Non. La dépression est une maladie qui relève d'un diagnostic et d'une prise en charge médicale, et le millepertuis ne se substitue pas à un traitement prescrit. N'arrêtez jamais un antidépresseur de votre propre initiative : associer ou remplacer un médicament par cette plante doit toujours être discuté avec votre médecin, d'autant qu'il existe un risque réel d'interaction (excès de sérotonine).
Les études disponibles, dont la revue Cochrane de référence, suggèrent un intérêt pour les formes légères à modérées, avec un niveau de preuve hétérogène et aucune démonstration pour les formes sévères. Ces données ne valent pas promesse : seul un médecin peut juger de la pertinence d'une option dans votre situation.
Oui, et c'est une interaction majeure. Le millepertuis peut réduire l'efficacité des contraceptifs oraux et exposer à un risque de grossesse non désirée. Si vous prenez la pilule, ne consommez pas de millepertuis sans avis médical.
Aux doses usuelles, il est généralement bien toléré, mais il peut provoquer une photosensibilisation (sensibilité de la peau au soleil), de rares réactions allergiques ou de légers troubles digestifs. Le principal risque ne vient pas de la plante seule mais de ses interactions avec de nombreux médicaments.
Il est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement, chez l'enfant, en cas de troubles bipolaires, de schizophrénie, et chez toute personne suivant un traitement médicamenteux sans avis préalable. En cas de doute, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.