L'huile de carthame est extraite des graines du carthame des teinturiers (Carthamus tinctorius), une plante de la famille des Astéracées cultivée depuis l'Antiquité. Elle occupe aujourd'hui une place discrète mais solide en cuisine et en cosmétique, avec une particularité méconnue : sous un même nom coexistent deux huiles au profil très différent, l'une dominée par l'acide linoléique, l'autre par l'acide oléique. Cette page fait le point sur sa composition réelle, ses usages culinaires et cosmétiques, et les repères utiles pour choisir un flacon.
Le carthame est une plante annuelle épineuse à fleurs orangées, longtemps cultivée pour ses capitules avant de l'être pour ses graines (1). Son épithète botanique tinctorius rappelle cet usage premier : les fleurs fournissaient la carthamine, pigment rouge employé pour teindre les textiles, dont les analyses menées sur des tissus anciens retrouvent encore la signature chimique (2). L'huile, obtenue par pression des graines, n'est devenue un produit de grande culture que bien plus tard.

Côté composition, l'huile de carthame est constituée presque exclusivement de lipides. Son acide gras dominant dépend de la variété cultivée : le type traditionnel est riche en acide linoléique, un acide gras polyinsaturé de la famille des oméga-6, dont le rôle et l'équilibre avec les oméga-3 sont détaillés ici, tandis que les variétés sélectionnées dites « oléiques » sont dominées par l'acide oléique, un acide gras mono-insaturé de la famille des oméga-9 (3). L'huile apporte également des tocophérols, forme naturelle de la vitamine E, ainsi que des phytostérols en quantité variable selon le mode d'obtention.
Précision utile : l'huile de carthame n'est pas une source d'oméga-3 — sa teneur en acide alpha-linolénique est négligeable, quel que soit le profil variétal. Pour comprendre ce qui distingue les grandes familles d'acides gras, notre page consacrée aux différences entre les acides gras donne le cadre général.
| Type d'huile de carthame | Acide gras dominant | Présentation courante | Usage cohérent |
|---|---|---|---|
| Type « linoléique » (traditionnel) | Acide linoléique (oméga-6), plus de 70 % des acides gras | Souvent vierge, pressée à froid | Assaisonnement, préparations froides |
| Type « oléique » | Acide oléique (oméga-9), majoritaire | Le plus souvent raffinée | Cuisson, chaleur modérée à soutenue |
| Lignées « super-oléiques » récentes | Environ 91 % d'acide oléique, moins de 2 % de linoléique et linolénique cumulés | Usage alimentaire et industriel | Fritures répétées, applications techniques |
Acides gras insaturés et cholestérolémie : le cadre des allégations autorisées
C'est sur ce terrain que l'huile de carthame dispose d'arguments encadrés par la réglementation européenne, à condition de citer les libellés exacts. Le règlement (UE) n° 432/2012 autorise deux formulations directement pertinentes ici : « l'acide linoléique contribue au maintien d'une cholestérolémie normale », l'effet bénéfique étant obtenu par la consommation quotidienne de 10 g d'acide linoléique, et « le remplacement de graisses saturées par des graisses insaturées dans le régime alimentaire contribue au maintien d'une cholestérolémie normale », réservée aux aliments riches en acides gras insaturés (4). L'évaluation scientifique à l'origine de la première allégation a été conduite par le groupe scientifique de l'EFSA (5). Ces libellés s'attachent au nutriment, pas à l'huile en tant que produit. Concrètement, remplacer une matière grasse saturée par de l'huile de carthame relève directement de cette seconde formulation. Vous trouverez le cadre alimentaire complet sur notre page cholestérol et alimentation.
L'huile de carthame est par ailleurs l'une des huiles alimentaires les plus riches en vitamine E : le National Institutes of Health la recense à environ 4,6 mg d'alpha-tocophérol par cuillerée à soupe, aux côtés de l'huile de tournesol et de germe de blé (6). À ce titre, l'allégation autorisée s'applique pleinement : la vitamine E contribue à protéger les cellules contre le stress oxydatif (4). Ces allégations encadrent les communications autorisées ; elles ne valent pas indication thérapeutique.
L'acide linoléique est un acide gras indispensable, que l'organisme ne sait pas fabriquer : le carthame de type linoléique en est l'une des sources les plus concentrées du rayon.
En application externe, l'huile de carthame est appréciée pour des raisons avant tout sensorielles et techniques. Sa texture est légère, sa pénétration rapide et son odeur discrète, ce qui en fait une base courante de soins et d'huiles de massage. Comme les autres corps gras végétaux, elle joue un rôle émollient : elle laisse un film qui limite la sensation de tiraillement et améliore le confort d'une peau sèche. Sur les cheveux, elle est utilisée en bain avant shampooing pour faciliter le démêlage et apporter de la brillance. Ces effets relèvent du domaine cosmétique et du confort d'usage.
L'essentiel des travaux publiés sur le carthame porte sur les fleurs et leurs pigments, étudiés en laboratoire ou chez l'animal, et non sur l'huile alimentaire (3). Aucune allégation européenne n'est autorisée sur ce thème.
Son goût neutre lui permet de s'intégrer facilement à différentes recettes, en ajoutant une légère note de noisette. Elle peut également être utilisée comme huile de vinaigrette pour les salades et les marinades, ainsi que dans les sauces froides et les pâtisseries où une matière grasse discrète est recherchée.
Sa résistance à la chaleur, en revanche, ne se résume pas à une seule valeur. Elle dépend de deux paramètres indépendants : le profil en acides gras de la variété et le degré de raffinage. Une huile raffinée, débarrassée de ses acides gras libres et de ses composants mineurs, supporte des températures nettement plus élevées qu'une huile vierge pressée à froid. Les lignées les plus riches en acide oléique ont d'ailleurs été développées pour cet usage et évaluées en conditions de friture répétée (7).
La sélection variétale a produit, à côté du type traditionnel riche en acide linoléique, des lignées oléiques dont certaines atteignent environ 91 % d'acide oléique (7). Or l'acide linoléique porte deux doubles liaisons là où l'acide oléique n'en porte qu'une : plus une huile en contient, moins elle tolère une chaleur prolongée. C'est ce qui explique que les deux profils se soient spécialisés au fil de la sélection : le type linoléique s'est installé dans les préparations froides, le type oléique dans les usages qui montent en température.
En raison de ses propriétés hydratantes et nourrissantes, l'huile de carthame est couramment utilisée dans les produits cosmétiques. Elle peut être trouvée dans les lotions pour le corps, les crèmes pour le visage, les baumes à lèvres et les produits capillaires. Elle est également utilisée dans les massages en raison de sa texture légère et de son absorption facile, et se prête à un usage direct, seule ou en mélange avec une huile plus riche, pour ajuster la texture d'une préparation maison.
Dans cette famille des huiles végétales de soin, chacune a son caractère : l'huile d'argan et ses usages traditionnels offrent par exemple un toucher plus nourrissant, là où le carthame joue la légèreté. Natura Force y propose d'ailleurs une huile d'onagre et bourrache bio en capsules, deux huiles traditionnellement associées au confort de la peau.
Une huile de carthame se juge sur des critères simples et vérifiables en rayon : la mention du profil (une huile destinée à la cuisson indique sa richesse en acide oléique), le mode d'obtention (« vierge » ou « première pression à froid » d'un côté, « raffinée » de l'autre) et le conditionnement — un flacon en verre teinté ou opaque préserve mieux le contenu qu'une bouteille transparente.
Viennent ensuite l'origine et la traçabilité du lot, la date de durabilité minimale, et la présence éventuelle d'une certification biologique.
| Question | Repère pratique |
|---|---|
| Goût | Neutre, légère note de noisette sur les huiles vierges ; ne masque pas les autres ingrédients |
| Vierge ou raffinée | La vierge conserve davantage de composants mineurs ; la raffinée tolère mieux la chaleur |
| Assaisonnement | Convient aux deux profils, y compris aux huiles vierges de type linoléique |
| Cuisson | Réserver aux huiles raffinées et aux profils riches en acide oléique |
| Conservation | Flacon refermé, à l'abri de la lumière et des sources de chaleur ; une odeur de rance signale l'oxydation |
| Usage cosmétique | Texture légère et pénétration rapide ; convient en huile de massage et en base de soin |
L'huile de carthame est un aliment courant, pas un complément alimentaire : elle ne se prend pas « en cure » et ne relève d'aucune posologie. Elle s'utilise comme les autres huiles de table, à la cuillerée, dans le cadre des repères généraux d'apport en lipides. Le seul repère chiffré qui la concerne directement est celui attaché à l'allégation européenne sur l'acide linoléique, dont l'effet est documenté pour un apport quotidien de 10 g (4).
Comme toute huile riche en acides gras insaturés, elle s'oxyde au contact de l'air, de la lumière et de la chaleur, d'autant plus vite que sa teneur en acide linoléique est élevée. Un flacon refermé après chaque usage, rangé à l'abri du jour et loin des plaques de cuisson, se conserve sans difficulté particulière ; le réfrigérateur est une option pour les huiles vierges peu utilisées.
En cuisine, sa neutralité en fait un excellent partenaire des ingrédients à goût marqué : vinaigres aromatisés, moutardes, herbes fraîches, agrumes, sauces à base de yaourt. Elle s'associe aussi très bien à une huile plus corsée, dans une vinaigrette où elle sert de base et l'adoucit. Pour prolonger la découverte des huiles végétales pressées, Natura Force propose également l'huile de nigelle en capsules.
En cosmétique maison, elle se mélange facilement à des huiles plus épaisses pour alléger une préparation, et sert de support neutre pour diluer une huile essentielle, en respectant les taux de dilution habituels.
Comme toute huile alimentaire, elle est riche en calories, il est donc essentiel de l'incorporer dans le cadre d'une alimentation équilibrée. De plus, certaines personnes peuvent être allergiques à l'huile de carthame : le carthame appartenant à la famille des Astéracées, les personnes sensibilisées à cette famille botanique (armoise, ambroisie, camomille, chrysanthème) ont intérêt à faire un test de sensibilité sur une petite zone avant un usage cutané étendu.
Une distinction utile : les préparations à base de fleurs de carthame et l'huile de graines ne sont pas le même produit et n'ont ni la même composition ni le même statut d'usage (1). Les mises en garde traditionnellement associées aux fleurs, notamment pendant la grossesse, ne se transposent pas telles quelles à l'huile alimentaire.
L'huile de carthame est une huile végétale polyvalente, discrète en bouche et facile à utiliser, aussi bien en cuisine qu'en cosmétique. Sa spécificité tient moins à une propriété particulière qu'à la coexistence de deux profils variétaux sous une même dénomination : l'un riche en acide linoléique, l'autre en acide oléique. Choisir le profil adapté à l'usage prévu et conserver le flacon à l'abri de la lumière suffit à en tirer le meilleur, dans le cadre d'une alimentation variée et gourmande.
Non. L'huile de carthame est dominée soit par l'acide linoléique, un oméga-6, soit par l'acide oléique, un oméga-9, selon la variété. Sa teneur en acide alpha-linolénique, l'oméga-3 des végétaux, est négligeable. Pour l'ALA, ce sont les huiles de colza, de lin, de noix ou de caméline qui sont concernées.
Le type linoléique, historique, contient plus de 70 % d'acide linoléique et se destine aux préparations froides. Le type oléique, issu de la sélection variétale, est majoritairement composé d'acide oléique et supporte mieux la chaleur ; certaines lignées récentes atteignent environ 91 % d'acide oléique.
Cela dépend du flacon. Une huile raffinée de type oléique convient à la cuisson et a même été évaluée en friture répétée. Une huile vierge pressée à froid, surtout de type linoléique, se réserve aux usages à froid : le raffinage et la richesse en acide oléique sont les deux paramètres qui déterminent la tenue à la chaleur.
Regardez l'étiquette : le profil en acides gras (riche en acide oléique ou non), le mode d'obtention (vierge, première pression à froid ou raffinée) et l'origine. Préférez un flacon en verre teinté ou opaque, refermez-le après chaque usage et gardez-le à l'abri de la lumière et de la chaleur.
Elle est bien tolérée dans un usage alimentaire normal. Le carthame appartenant aux Astéracées, une sensibilité connue à cette famille botanique justifie un test cutané avant une application étendue. Enfin, les informations circulant sur les fleurs de carthame ne concernent pas l'huile de graines : ce sont deux produits distincts.
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