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Le Centella asiatica, ou Gotu Kola, figure parmi les rares plantes étudiées par la pharmacologie moderne dès les années 1940. Des médecins français basés à Madagascar isolent à cette époque ses premiers triterpènes et déclenchent un demi-siècle de travaux cliniques et biochimiques (1). Aujourd'hui, plus de 3 000 publications scientifiques portent sur cette petite herbacée tropicale.

Le Gotu Kola appartient à la famille des Apiacées, comme la carotte, le persil et le fenouil. C'est une plante herbacée vivace à tiges rampantes, qui pousse dans les zones humides d'Inde, du Sri Lanka, du sud de la Chine, d'Indonésie et de Madagascar. Ses feuilles en forme de rein, vert tendre, mesurent quelques centimètres et concentrent la majorité des principes actifs.
En sanskrit, le nom « brahmi » désigne tantôt Centella asiatica, tantôt Bacopa monnieri selon les régions. Ce flottement lexical alimente une confusion fréquente, reprise plus loin dans la FAQ. La pharmacopée ayurvédique utilise la plante depuis les Charaka Samhita, traités de référence rédigés autour du Ier siècle avant notre ère. La médecine traditionnelle chinoise l'a intégrée bien plus tard, vers le XVIe siècle, dans le Bencao Gangmu de Li Shizhen. Pour situer le Gotu Kola dans cette tradition, voir notre dossier sur la pharmacopée ayurvédique et ses grandes plantes.
Surnommée « herbe du tigre » en Asie, la plante doit ce nom à une vieille observation : des yogis auraient vu des tigres blessés se rouler dans ses pousses pour soulager leurs plaies. L'anecdote tient du folklore. La recherche moderne, elle, a donné un fondement matériel à cet usage cicatrisant.

La singularité du Gotu Kola tient à un cocktail de saponines triterpéniques pentacycliques, rarement retrouvées ailleurs dans cette combinaison précise. Les extraits standardisés visent une concentration totale de 20 % de triterpènes, avec un ratio caractéristique entre asiaticoside et madécassoside (2).
| Principe actif | Famille | Action principale documentée |
|---|---|---|
| Asiaticoside | Triterpène glycosidique | Stimulation de la synthèse du collagène de type I, activité cicatrisante et antioxydante |
| Madécassoside | Triterpène glycosidique | Anti-inflammatoire, soutien de la barrière cutanée, modulation des cytokines |
| Acide asiatique | Aglycone triterpénique | Neuroprotection, induction de l'apoptose étudiée in vitro sur lignées cellulaires tumorales, activité antibactérienne |
| Acide madécassique | Aglycone triterpénique | Anti-inflammatoire, soutien de la microcirculation veineuse |
| Flavonoïdes (quercétine, kaempférol) | Polyphénols | Antioxydants végétaux à activité de capture des espèces réactives |
| Bétuline, acide bétulinique | Triterpènes mineurs | Activités antivirale et antitumorale étudiées in vitro |
| Stérols et tanins | Composés mineurs | Activité astringente locale |
Les extraits dits « TTFCA » (Total Triterpenic Fraction of Centella asiatica) ou « TECA » concentrent ces principes à des doses physiologiquement actives. C'est la forme qui a fait l'objet de la majorité des essais cliniques publiés depuis les années 1980.

C'est sur ce terrain que le Gotu Kola dispose des données cliniques les plus solides. Une revue systématique publiée en 2013 par Chong et Aziz, portant sur huit essais randomisés contre placebo, recense une amélioration des paramètres microcirculatoires chez des patients atteints d'insuffisance veineuse traités à la fraction triterpénique (3) : pression transcutanée en CO2 et O2, rythme de gonflement des chevilles, réponse veino-artériolaire. Les résultats restent hétérogènes selon les protocoles, et plusieurs essais cités remontent aux années 1980.
Plusieurs mécanismes convergent. Les triterpènes du Gotu Kola stimulent la synthèse du collagène par les fibroblastes vasculaires, ce qui renforce la paroi veineuse. Ils diminuent la perméabilité capillaire, réduisent la fuite de liquide vers les tissus interstitiels et soutiennent la microcirculation lymphatique. L'ensemble se traduit par une meilleure tonicité veineuse documentée chez l'humain.
Les posologies retenues dans la majorité des essais oscillent entre 60 et 180 mg par jour de fraction triterpénique totale, sur 4 à 8 semaines. L'effet est dose-dépendant et se maintient tant que la cure est poursuivie.

L'usage du Gotu Kola sur la peau remonte aux pharmacopées indienne, chinoise et malgache. La recherche moderne a précisé ce savoir empirique. Une revue publiée en 2021 par K.S. Park synthétise les données sur les effets cutanés de Centella asiatica et de ses triterpènes : acné, brûlures, dermatite atopique, plaies (4). L'asiaticoside et le madécassoside accélèrent la prolifération des kératinocytes et soutiennent l'angiogenèse, la formation de nouveaux capillaires nécessaire à la réparation tissulaire.
Cliniquement, l'extrait de Centella asiatica se présente sous trois formes principales : crème ou pommade pour brûlures et plaies, gel pour atténuer les cicatrices hypertrophiques et chéloïdes, complément oral pour soutenir la qualité du tissu conjonctif. Pour aller plus loin sur le rôle du collagène dans la santé et la fermeté cutanée, voir notre dossier dédié.
Côté cosmétique, le madécassoside est devenu un actif phare des routines coréennes contre les rougeurs, l'érythème post-acné et la peau sensible. Son action anti-inflammatoire locale a fait l'objet de plusieurs essais randomisés. Les protocoles les plus complets combinent application topique et apport interne de cofacteurs de la synthèse du collagène : vitamine C, silicium organique, manganèse.

La tradition ayurvédique classe le Gotu Kola parmi les medhya rasayana, expression sanskrite que l'on peut traduire par « toniques de l'intellect ». Pendant longtemps, la pharmacologie occidentale a souri de la formule. Les travaux récents lui donnent un fondement matériel.
Un essai randomisé publié en 2008 par Wattanathorn et son équipe en Thaïlande a évalué l'effet d'un extrait de Centella asiatica chez 28 volontaires sains de plus de 65 ans, sur deux mois (5). Les sujets recevant 500 à 750 mg par jour montraient une amélioration de la mémoire de travail et de l'humeur par rapport au groupe placebo. Ces résultats demandent à être confirmés sur des cohortes plus larges, mais ils s'inscrivent dans une littérature préclinique abondante : action antioxydante cérébrale, neurogenèse hippocampique observée chez l'animal, modulation de la voie GABAergique qui pourrait expliquer l'effet anxiolytique léger rapporté.
Faut-il classer le Gotu Kola parmi les adaptogènes ? Au sens strict de la taxonomie russe posée par Brekhman en 1969, non. Un adaptogène agit sur l'axe HPA et le cortisol, ce qui n'est pas le profil pharmacologique de Centella asiatica. Le terme « nootropique végétal » ou « anxiolytique léger » serait plus juste.
Le Gotu Kola n'a pas la puissance stimulante du café ou du guarana, ni celle, plus profonde, du ginseng et de la rhodiola. Il apporte une clarté mentale calme, propice à la concentration prolongée. Chez les personnes anxieuses, l'usage au long cours est parfois associé à une réduction des ruminations et à une amélioration subjective du sommeil profond. Ce dernier point reste déclaratif et mériterait des études objectives sur l'architecture du sommeil.
La pharmacopée chinoise associe le Gotu Kola à des récits de longévité, dont celui du maître taoïste Li Ching-Yuen, mort en 1933 à un âge officiellement non vérifiable, qui en consommait quotidiennement. L'anecdote relève du légendaire. La recherche moderne identifie quatre marqueurs biologiques du vieillissement tissulaire sur lesquels le Gotu Kola agit : la synthèse du collagène, la microcirculation périphérique, la neuroprotection et la défense antioxydante.
Sur le plan cellulaire, plusieurs études in vitro montrent que les triterpènes activent la voie Nrf2, principale voie endogène de défense antioxydante, et augmentent l'expression d'enzymes comme la superoxyde dismutase ou la catalase. Cette signature pharmacologique a été détaillée par Belcaro et ses collaborateurs en 2011 sur l'extrait TECA et ses applications en médecine préventive et clinique (6). Du coup, l'intérêt du Gotu Kola dépasse la circulation veineuse, son indication historique, pour rejoindre les mécanismes du stress oxydatif dans le vieillissement cellulaire.
Sur le plan articulaire, le soutien à la synthèse du collagène intéresse les terrains de raideurs, d'arthrose débutante ou de récupération post-traumatique. Des protocoles associent parfois Gotu Kola, vitamine C, manganèse et silicium organique pour soutenir le tissu conjonctif après 50 ans.
Le Gotu Kola se présente sous des formes variées, chacune avec son usage de prédilection. Le choix dépend de l'objectif visé et de la sensibilité digestive de la personne.
| Forme | Dosage usuel | Indication privilégiée |
|---|---|---|
| Extrait sec standardisé (20 % de triterpènes) | 250 à 500 mg, 1 à 2 fois par jour | Cognition, circulation, action de fond |
| Fraction triterpénique totale (TTFCA / TECA) | 60 à 180 mg par jour | Insuffisance veineuse, œdèmes |
| Poudre de plante entière | 2 à 4 g par jour, en 2 prises | Tradition ayurvédique, usage prolongé |
| Infusion (feuilles séchées) | 1 à 2 g pour 250 mL, 2 à 3 tasses par jour | Confort digestif, usage doux |
| Extrait fluide 1:5 | 30 à 60 gouttes, 2 fois par jour | Accompagnement court terme |
| Crème ou gel à 1 à 5 % d'extrait de Centella asiatica | Application locale 1 à 2 fois par jour | Cicatrices, brûlures, irritations cutanées |
En usage interne, mieux vaut prendre le Gotu Kola au cours d'un repas. Les triterpènes sont liposolubles, leur absorption gagne à se faire dans un milieu lipidique. Les cures classiques durent 8 à 12 semaines, suivies d'une pause de 2 à 4 semaines pour limiter l'accoutumance hépatique. Les premiers effets subjectifs sur la circulation apparaissent à partir de la 3e ou 4e semaine, rarement avant.
Le Gotu Kola est bien toléré dans la majorité des cas. Quelques précautions méritent d'être connues avant une cure prolongée.
Son usage est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement, en l'absence de données suffisantes sur l'innocuité fœtale. Un effet hormonal potentiel a été rapporté à doses élevées. Il est également déconseillé en cas de pathologie hépatique active (hépatite, cirrhose, stéatose sévère) : des cas isolés d'élévation des transaminases ont été décrits sous traitements prolongés à fortes doses, situation détaillée dans la monographie HMPC de l'Agence européenne du médicament. Les personnes ayant un antécédent de cancer hormono-dépendant demanderont un avis médical avant supplémentation.
Les données cliniques d'interaction restent limitées chez l'humain. Quelques prudences théoriques s'imposent. Le Gotu Kola pourrait potentialiser les antihypertenseurs et certaines benzodiazépines, dont il prolongerait l'effet sédatif. Des données précliniques suggèrent une inhibition partielle du cytochrome CYP3A4 par les triterpènes : prudence donc avec les statines et certains immunosuppresseurs métabolisés par cette voie.
Les effets indésirables rapportés restent rares et bénins : maux de tête transitoires, somnolence légère, irritation cutanée en application locale, intolérance digestive. Ils disparaissent à l'arrêt du traitement ou à la baisse de dose.
Les deux noms désignent souvent en Inde des plantes différentes, ce qui crée une confusion fréquente. « Brahmi » désigne le plus souvent le Bacopa monnieri, plante ayurvédique pour la mémoire. Dans certaines régions du nord de l'Inde, « brahmi » peut aussi désigner Centella asiatica. Les deux plantes ont des effets cognitifs documentés mais des profils distincts : Bacopa agit davantage sur la consolidation de la mémoire à long terme, Gotu Kola privilégie la vitesse de traitement et la microcirculation cérébrale.
Oui, l'association est classique en phytothérapie cognitive. Les mécanismes se complètent : l'action du Ginkgo biloba sur la microcirculation cérébrale repose sur une vasodilatation et une amélioration de la fluidité sanguine, tandis que le Gotu Kola renforce la paroi capillaire et soutient la synthèse de neurotransmetteurs. Attention chez les personnes sous anticoagulants, car l'effet du Ginkgo sur l'hémostase peut s'additionner avec celui d'autres compléments.
Les bénéfices subjectifs sur la circulation (sensation de jambes plus légères) apparaissent dans les 3 à 4 semaines de prise quotidienne. Les effets cognitifs (vitesse de traitement, clarté mentale) sont plus progressifs et s'installent sur 6 à 12 semaines. En cosmétique, l'effet apaisant d'une crème à base de centella s'observe en quelques jours sur les rougeurs ; l'effet sur les cicatrices demande plusieurs mois de constance.
Non. Ce n'est pas un brûleur de graisse, et aucune étude n'a démontré d'effet direct sur la masse grasse. Il peut indirectement améliorer un confort corporel global, avec moins de rétention d'eau et une meilleure tonicité des tissus. Pour un objectif de perte de poids, les leviers principaux restent l'alimentation, l'activité physique et le sommeil.
Une prise quotidienne sur plusieurs mois est bien tolérée chez la plupart des personnes. La phytothérapie classique recommande toutefois des fenêtres de pause : par exemple 8 semaines de prise puis 2 semaines d'arrêt. Cette respiration limite l'effet de tolérance et préserve la fonction hépatique. Sur les très longues durées, un contrôle des transaminases peut être proposé chez les personnes prenant d'autres médicaments métabolisés par le foie.