On associe généralement l’ortie à des souvenirs d’enfance peu agréables. Ses propriétés urticantes ne lui valent pas la meilleure des réputations. Pourtant, l’ortie est une plante largement sous-estimée, car elle possède de nombreuses vertus intéressantes et bienfaisantes. Alors, quels sont les bienfaits de l’ortie sur la santé ? En quoi peut-elle nous intéresser ?
L’ortie est une plante très répandue, notamment en France, où nous la considérons souvent comme une mauvaise herbe. Elle prolifère dans les régions tempérées du globe et peut se consommer en soupe, en infusion et en compléments alimentaires. Il existe différents usages (internes et externes) pour l’ortie, si bien qu’on peut aussi l’utiliser en décoction ou en cataplasme, selon l’usage recherché.
En phytothérapie, il est courant d’utiliser les feuilles de la plante. Mais il n’est pas rare d’utiliser aussi ses racines. Les feuilles de l’ortie contiennent des protéines ! Difficile à croire, n’est-ce pas ? Pourtant, une étude publiée en 2013 relève 3,7 à 6,3 g de protéines pour 100 g de feuilles crues selon la saison de récolte, ce qui est beaucoup pour un légume-feuille. Ces protéines présentent un bon équilibre en acides aminés essentiels : pour la plupart d’entre eux, l’ortie en contient davantage que l’épinard ([1]). De plus, l’ortie contient aussi des sels minéraux, mais leur nature et leur concentration peuvent varier en fonction de la variété d’ortie dont il est question. En règle générale, on y retrouve du zinc, du potassium, du manganèse (en grandes quantités), ainsi que du magnésium, du fer, du cuivre, du calcium et enfin, du phosphore.
Quelques vitamines viennent également compléter ce tableau. Il s’agit notamment des vitamines A, C, B1, B2 et B5. Enfin, l’ortie est une plante verte. À ce titre, ses feuilles contiennent de la chlorophylle et bon nombre de composants naturellement antioxydants caractéristiques des plantes.
Comme vous l’aurez compris, on ne peut pas se contenter de définir l’ortie par ses propriétés urticantes caractéristiques. Elle est beaucoup plus riche et intéressante que cela. Alors, quels sont les bienfaits de l’ortie, cette plante ô combien sous-estimée ?
Au printemps, quand les pollens rendent le nez et les yeux inconfortables, l’ortie fait partie des plantes les plus citées. Dans un essai randomisé en double aveugle publié en 1990, 98 personnes ont reçu de la feuille d’ortie lyophilisée ou un placebo pendant une semaine ; parmi les 69 qui sont allées au bout de l’étude, l’ortie a été jugée meilleure que le placebo dans l’appréciation globale, mais à peine dans les carnets de suivi quotidiens ([2]). Une revue publiée en 2000 cite elle aussi l’ortie (Urtica dioica) parmi les approches naturelles étudiées dans ce contexte ([3]). Les données restent donc limitées, et l’ortie ne remplace pas un traitement prescrit. Enfin, l’ortie est traditionnellement utilisée pour calmer les démangeaisons provoquées par les piqûres d’insectes.

L’ortie fait l’objet de nombreux travaux sur l’inflammation, surtout en laboratoire : une revue publiée en 2007 fait le point sur les données disponibles pour la partie aérienne de la plante ([4]). Selon ses usages traditionnels, on applique des feuilles d’ortie fraîches sur la peau, à l’endroit douloureux. Ce geste a été testé dans un essai randomisé publié en 2000 : 27 personnes gênées par des douleurs à la base du pouce ont appliqué chaque jour, pendant une semaine, des feuilles d’ortie puis des feuilles de lamier blanc (placebo). La douleur et la gêne au quotidien ont davantage diminué avec l’ortie ([5]).
En Europe, l’Agence européenne du médicament (EMA) reconnaît à la feuille d’ortie deux usages traditionnels : le soulagement des douleurs articulaires mineures, et l’augmentation du volume des urines pour favoriser le rinçage des voies urinaires, en complément, en cas de troubles urinaires mineurs ([6]). L’ESCOP et la Commission E allemande avaient auparavant retenu des usages proches. Selon les spécialistes, ces effets seraient en partie liés aux poils urticants présents sur la feuille d’ortie (Herbal Medicine. Weiss RF. Beaconsfield Publishers Ltd, England, 1988.).
Avec l’âge, beaucoup d’hommes constatent des envies d’uriner plus fréquentes, notamment la nuit, ou un jet plus faible. Les scientifiques s’intéressent de très près à la racine d’ortie dans ce cadre : une revue publiée en 2007 rassemble les études déjà réalisées sur cette partie de la plante ([7]). Dès 1985, un essai en double aveugle avait testé des gélules d’extrait de racine d’ortie chez des hommes présentant ces gênes urinaires, et notamment des difficultés de miction ([8]).
L’ortie s’associe couramment à une autre plante : le palmier nain, ou sabal. Une étude menée en 1995 dans des cabinets d’urologie allemands a suivi cette association d’extraits, avec des résultats jugés encourageants ([9]). Sachez toutefois qu’ici, l’ortie peut aussi s’associer à l’extrait de pygeum (prunier d’Afrique) : un essai en double aveugle publié en 1993 a comparé deux doses de ce mélange ([10]).
Pour finir, cet usage a été décrit par les principales institutions de santé : l’Organisation mondiale de la santé, la Commission E et l’ESCOP. L’EMA reconnaît aujourd’hui à la racine d’ortie un usage traditionnel pour soulager les gênes urinaires de l’homme liées à l’âge, à condition qu’un médecin ait d’abord écarté toute affection sérieuse ([11]). Ces gênes justifient donc toujours un avis médical avant de commencer.
L’ortie étant une plante très répandue sur la surface du globe, toutes les civilisations ont déjà eu affaire à elle. On la retrouve dans les écrits datant de l’Antiquité, et elle a laissé des traces marquantes dans les écrits médicinaux de toutes les époques. Justement, dans l’Oriental marocain, une enquête de terrain la classe parmi les plantes les plus employées en lien avec la tension artérielle ([12]). Les peuples amérindiens préfèrent l’utiliser pour soulager les douleurs articulaires.
Dans la médecine ayurvédique (médecine traditionnelle indienne), l’ortie s’associe à d’autres plantes en cas de peau irritée, de règles abondantes, de rougeurs cutanées ou de saignements de nez. Ses nutriments peuvent nourrir la terre : il n’est pas rare de voir l’ortie utilisée comme engrais naturel. Enfin, grâce à sa teneur en chlorophylle, l’ortie est aussi utilisée en tant que colorant naturel.

L’ortie contient de la chlorophylle et des composés naturels de la famille des polyphénols et des caroténoïdes, comme beaucoup de plantes vertes. Ces composés font l’objet de nombreux travaux, surtout en laboratoire, et contribuent à la réputation de plante « vitalité » de l’ortie.
Si vous cherchez une approche naturelle pour prendre soin de vos cheveux, l’ortie est une piste souvent citée. L’ortie est une plante utilisée depuis très longtemps pour favoriser la repousse capillaire. Selon toute vraisemblance, cet usage de l’ortie daterait de l’Antiquité. À ce titre, l’ortie entre dans la composition de très nombreux produits du commerce censés favoriser la pousse des cheveux. Mais pour l’heure, des études cliniques restent nécessaires pour vérifier et confirmer ces allégations prêtées à la plante.
Les plaques sèches qui démangent et peuvent durer longtemps poussent souvent à chercher des solutions douces. L’ortie est traditionnellement utilisée dans ce cas, par voie interne comme en application, pour calmer les démangeaisons. Des travaux de laboratoire s’intéressent à son action sur l’histamine, la molécule qui déclenche les démangeaisons, mais les études cliniques sur la peau restent rares. L’ortie est aussi citée pour les peaux à imperfections ou à rougeurs.
On prête quelques autres allégations à l’ortie, comme des propriétés galactogènes. En effet, cette plante fait partie de celles que l’on consomme traditionnellement pour soutenir la production de lait lors d’un allaitement. L’EMA juge toutefois que les données de sécurité pendant l’allaitement sont insuffisantes ([6]) : demandez conseil à votre sage-femme ou à votre médecin avant d’en prendre sous forme d’extrait.
D’autre part, l’ortie est une plante astringente. À ce titre, elle est traditionnellement utilisée pour les cheveux, les ongles et la peau. Cet effet est lié à la composition de la plante (sels minéraux et oligo-éléments, notamment). L’ortie contribue à resserrer les tissus, à unifier le teint et à assainir la peau.
Enfin, grâce à une excellente teneur en nutriments essentiels et en minéraux, l’ortie est considérée comme une plante reminéralisante. Elle est appréciée au quotidien, après le sport, ou tout simplement pour compléter ses apports en calcium : 100 g de feuilles blanchies en apportent environ 440 à 460 mg ([1]), soit plus de la moitié de la valeur nutritionnelle de référence (800 mg). Le calcium contribue au maintien d’une ossature normale.
Feuille fraîche ou tisane, les quantités n’ont rien à voir. Les feuilles crues contiennent de 75 à 89 % d’eau selon la saison de récolte ([1]) : 100 g d’ortie fraîche correspondent donc à environ 11 à 25 g de feuilles sèches. La dose journalière de tisane retenue par l’EMA, 8 à 12 g de feuilles sèches ([6]), équivaut ainsi à la matière sèche d’environ 30 à 110 g de feuilles fraîches, mais seule la partie soluble passe dans l’eau d’infusion. En pratique, c’est l’ortie mangée comme un légume (soupe, pesto, feuilles blanchies) qui apporte l’essentiel de ses minéraux, alors que la tisane reste surtout un usage traditionnel.
Cette plante est-elle sûre ? Peut-elle provoquer des effets secondaires (hormis des éruptions cutanées très désagréables) ? Réponses !

L’ortie est une plante bien tolérée par la plupart des adultes, en cuisine comme en tisane. Cela fait des milliers d’années qu’elle accompagne les humains. On peut donc l’utiliser sereinement, mais toujours de façon raisonnable et en tenant compte de quelques précautions. Pendant la grossesse et l’allaitement, son usage n’est pas recommandé : selon l’EMA, sa sécurité n’y a pas été établie ([6]). Elle est aussi déconseillée aux enfants de moins de 12 ans faute de données, et aux personnes à qui l’on a demandé de limiter leurs apports en liquide (affection sérieuse du cœur ou des reins).
Si vous suivez un traitement, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant de prendre de l’ortie, en particulier avec un diurétique ou un médicament de la tension artérielle (des études chez l’animal suggèrent un effet additif, dont la portée chez l’humain reste à établir) ou un traitement de la glycémie (une baisse de la glycémie a été rapportée chez un homme âgé) ([13]).
D’autre part, ses effets indésirables sont rares : de légers troubles digestifs, des réactions cutanées, et l’augmentation de la production d’urine liée à son effet diurétique ([6]). Cela dit, pour profiter pleinement de ses bienfaits, mieux vaut ne pas choisir n’importe quelle plante. En effet, il faut se tourner vers les orties issues d’espaces sains, dénués de pesticides. Attention aussi aux plants d’orties qui auraient pu être aspergés de désherbant chimique. Pour rappel, beaucoup considèrent les orties comme de mauvaises herbes et utilisent des produits chimiques pour les éliminer. Bien entendu, les feuilles fraîches d’orties peuvent générer l’éruption urticante que nous connaissons tous, ou presque. À manipuler avec précaution !
Oubliez vos mauvais souvenirs d’enfance liés à l’ortie et à ses feuilles urticantes, et n’hésitez plus à en faire l’une de vos alliées pour le confort urinaire et articulaire, comme dans votre assiette. Source de calcium et de protéines végétales, l’ortie s’avère être une plante étonnante que nous aurions tort de sous-estimer.
L’ortie est utilisée depuis l’Antiquité pour prendre soin des cheveux, en lotion ou en tisane, et entre dans la composition de nombreux produits capillaires. C’est un usage traditionnel : les études cliniques qui confirmeraient un effet sur la pousse manquent encore.
Les feuilles crues apportent 1,2 à 3,4 mg de fer pour 100 g selon la saison de récolte, et les feuilles cuites 1,6 à 2,6 mg (1). C’est du fer d’origine végétale, moins bien absorbé que celui de la viande. Pour en profiter, associez l’ortie à un aliment riche en vitamine C : la vitamine C améliore l’absorption du fer.
L’ortie est traditionnellement employée au Maroc en lien avec la tension artérielle (12), mais les études chez l’humain manquent pour lui attribuer un effet. Si vous prenez un médicament de la tension, parlez-en à votre médecin avant d’en prendre : l’association pourrait faire trop baisser la tension (13).
Pour la feuille en tisane, l’EMA retient 2 à 4 g de feuilles sèches par tasse, 3 à 6 fois par jour (8 à 12 g par jour), sur 2 à 4 semaines selon l’usage, sans dépasser 4 semaines pour le confort articulaire (6). Pour la racine, utilisée chez l’homme pour le confort urinaire, une prise prolongée est possible après un avis médical (11). Consommée comme légume, l’ortie ne pose pas de question de durée.
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