L’hypertrophie bénigne de la prostate constitue une réalité physiologique touchant près d’un homme sur deux après cinquante ans. Cette augmentation progressive du volume prostatique génère des troubles urinaires susceptibles d’altérer votre qualité de vie au quotidien.
Il existe aujourd’hui de nombreuses solutions non chirurgicales permettant d’accompagner efficacement cette pathologie. Des approches médicamenteuses aux techniques mini-invasives innovantes, en passant par des mesures de mode de vie et des alternatives naturelles possibles, cet article présente différentes options qui existent et qui peuvent vous aider.
Comprendre l’hypertrophie bénigne de la prostate et ses manifestations

Définition de l’adénome prostatique
L’hypertrophie bénigne de la prostate, également appelée adénome prostatique, correspond à une augmentation progressive du volume de cette glande située sous la vessie et entourant l’urètre. De taille modeste chez l’adulte jeune, la prostate joue un rôle essentiel dans la production du liquide séminal.
Les données épidémiologiques soulignent l’ampleur du phénomène : plusieurs millions d’hommes sont concernés en France, avec une prévalence qui augmente nettement avec l’âge, touchant la majorité des hommes au grand âge. Nous rappelons que cette évolution est strictement bénigne et ne constitue ni un cancer ni un facteur de risque cancéreux (1).
Mécanismes de développement
Le développement de l’adénome se situe principalement dans la zone de transition prostatique, au contact direct de l’urètre, ce qui explique les troubles urinaires associés. Les mécanismes impliqués sont multiples. Le vieillissement naturel constitue le principal facteur, accompagné de modifications hormonales liées à l’andropause et d’une diminution progressive de la testostérone. Les antécédents familiaux peuvent également influencer la survenue de cette pathologie, tout comme certains facteurs environnementaux et alimentaires.
Facteurs aggravants et rôle des médicaments
Plusieurs classes médicamenteuses peuvent majorer transitoirement les difficultés mictionnelles, notamment les antihistaminiques, les décongestionnants nasaux, les neuroleptiques, les anxiolytiques et les opiacés. Il demeure essentiel d’informer son médecin de l’ensemble des traitements suivis afin d’éviter toute interaction défavorable (2).
Symptômes urinaires les plus fréquents
Sur le plan clinique, nous distinguons deux catégories de symptômes. Les troubles obstructifs résultent de la compression de l’urètre par la glande hypertrophiée et se manifestent par des difficultés à initier la miction, une diminution du jet urinaire, une sensation de vidange incomplète et des gouttes retardataires. Les troubles irritatifs concernent le comportement vésical et se traduisent par des besoins fréquents et urgents d’uriner, souvent nocturnes, ainsi que par des urgenturies.
Complications possibles et indications de consultation
Dans certains cas, des complications peuvent survenir, telles qu’une rétention urinaire aiguë ou chronique, des infections urinaires récidivantes, des calculs vésicaux ou, plus rarement, une altération de la fonction rénale. Nous recommandons une consultation médicale dès que ces symptômes deviennent gênants afin d’éviter toute évolution défavorable (3).
L’embolisation prostatique : une alternative mini-invasive à la chirurgie
Principe de l’embolisation prostatique
L’embolisation prostatique est une technique de radiologie interventionnelle visant à réduire l’apport sanguin de la prostate par l’obstruction ciblée de certaines artères, sans incision ni passage par l’urètre. Cette méthode repose sur un principe simple : en diminuant progressivement la vascularisation de la glande, on entraîne une réduction de son activité métabolique et de son effet compressif sur l’urètre, ce qui contribue à améliorer les troubles urinaires.
Elle s’inscrit dans les approches thérapeutiques dites mini-invasives, offrant une alternative aux traitements chirurgicaux classiques, tout en préservant l’anatomie des voies urinaires et génitales. Cette technique est généralement proposée dans des structures spécialisées, telles qu’un Centre de la Prostate, où l’évaluation multidisciplinaire permet de déterminer si cette option est adaptée au profil du patient.
Déroulement de l’intervention
L’intervention débute par l’introduction d’un cathéter par voie vasculaire, le plus souvent au niveau du poignet ou de l’aine. Sous contrôle radiologique, le praticien guide ce cathéter à travers le réseau artériel jusqu’aux artères alimentant spécifiquement la prostate. Des particules microscopiques sont ensuite injectées afin d’obstruer sélectivement ces vaisseaux et de limiter la vascularisation de la glande.
L’ensemble de la procédure est réalisé sous anesthésie locale, sans ouverture chirurgicale ni passage par l’urètre, ce qui réduit considérablement les contraintes opératoires. Une surveillance post-interventionnelle de quelques heures est généralement suffisante, permettant dans la majorité des cas un retour rapide au domicile.
Les bénéfices observés
Les données cliniques disponibles indiquent une amélioration significative des symptômes urinaires chez une large proportion de patients, avec une diminution des envies fréquentes d’uriner, une meilleure qualité du jet urinaire et une réduction de la sensation de vidange incomplète. Cette évolution favorable s’accompagne d’un niveau de satisfaction élevé rapporté par les patients, en raison notamment de la récupération rapide et de l’absence de chirurgie lourde.
Un avantage important de l’embolisation prostatique réside dans la préservation des fonctions urinaires et sexuelles : l’incontinence est exceptionnelle et la fonction éjaculatoire est le plus souvent conservée, contrairement à certaines techniques chirurgicales plus invasives. Ces caractéristiques en font une option particulièrement intéressante pour les hommes souhaitant éviter une intervention classique ou préserver leur qualité de vie.
Tolérance et effets indésirables
Sur le plan de la tolérance, l’embolisation prostatique présente un profil de sécurité favorable. Les effets indésirables rapportés sont le plus souvent modérés et transitoires, comme des douleurs pelviennes passagères, une sensation de gêne locale ou une fatigue temporaire dans les jours suivant l’intervention. Les complications sévères demeurent rares lorsque la procédure est réalisée par des équipes expérimentées au sein de centres spécialisés. Une sélection rigoureuse des patients, un suivi médical adapté et une information claire sur les bénéfices et les limites de la technique permettent d’optimiser les résultats et de sécuriser la prise en charge.
Les traitements médicamenteux non chirurgicaux

Principe général des traitements médicamenteux
Plusieurs classes de médicaments sont utilisées dans la prise en charge de l’hypertrophie bénigne de la prostate. Le choix dépend de l’intensité des symptômes, du profil du patient et de l’évaluation médicale globale, idéalement réalisée dans une structure spécialisée.
Les alpha-bloquants : améliorer l’écoulement urinaire
Les alpha-bloquants, tels que l’alfuzosine, la tamsulosine ou la silodosine, agissent en favorisant la relaxation des fibres musculaires lisses de la prostate, de la vessie et de l’urètre, améliorant ainsi l’écoulement urinaire. Leur action est généralement rapide sur les symptômes, bien qu’ils n’agissent pas directement sur le volume prostatique. Des effets indésirables peuvent survenir, notamment des troubles de l’éjaculation ou une hypotension orthostatique transitoire, plus fréquente en début de traitement.
Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase : modulation hormonale
Le finastéride et le dutastéride modulent le métabolisme hormonal impliqué dans la croissance prostatique. Ils sont utilisés dans certains profils de patients et peuvent s’inscrire dans une prise en charge au long cours. Leur action est progressive, avec une amélioration des paramètres cliniques sur plusieurs mois. Ils peuvent s’accompagner d’effets indésirables touchant la libido, l’érection ou l’éjaculation, ainsi que de modifications du taux de PSA, ce qui justifie un suivi médical attentif (4).
Autres classes médicamenteuses disponibles
Les parasympathicolytiques ciblent l’hyperactivité du muscle vésical et sont utiles lorsque les envies fréquentes d’uriner prédominent. Les inhibiteurs de la phosphodiestérase, initialement développés pour les troubles de l’érection, sont parfois envisagés chez les hommes présentant à la fois des symptômes urinaires et une dysfonction érectile. Dans certains cas, une association médicamenteuse peut être proposée lorsque la monothérapie ne suffit pas.
Phytothérapie et solutions naturelles : une approche d’accompagnement

Intérêt des approches naturelles dans la prise en charge globale
Les solutions naturelles ne se substituent pas à un suivi médical, mais peuvent s’intégrer dans une approche globale du confort urinaire et du bien-être prostatique. Certaines plantes sont traditionnellement utilisées depuis de nombreuses années dans ce contexte.
Le palmier nain (Serenoa repens)
Le palmier nain est présent dans certaines préparations de phytothérapie standardisées et s’inscrit dans une démarche visant à soutenir le confort urinaire masculin. Il est souvent associé à d’autres extraits végétaux dans les formulations (5).
Le prunier d’Afrique et les racines d’orties
Le prunier d’Afrique, dont l’écorce est utilisée dans des préparations encadrées, et les racines d’orties font l’objet d’un usage reconnu dans les troubles de la miction. Ils sont fréquemment intégrés à des associations végétales.
Les pépins de courge et autres traditions d’usage
Les pépins de courge sont utilisés de manière traditionnelle dans différentes cultures pour le confort urinaire. Leur emploi s’inscrit dans une démarche de soutien fonctionnel, sans revendication d’effet thérapeutique.
Autres composés d’origine alimentaire étudiés
Le lycopène (tomate), les catéchines du thé vert, les polyphénols de la grenade, les composés soufrés de l’oignon ou encore certaines plantes comme l’épilobe sont étudiés pour leur rôle potentiel dans le maintien de l’équilibre physiologique. Ils s’intègrent naturellement dans une alimentation variée et contribuent à une approche préventive globale.
Précautions et cadre réglementaire
Il convient de distinguer les médicaments phytothérapiques, bénéficiant d’un encadrement strict, des compléments alimentaires, dont la concentration en principes actifs peut varier. Les solutions naturelles peuvent accompagner le confort urinaire, mais ne remplacent ni un diagnostic médical ni un traitement prescrit lorsque celui-ci est nécessaire.
Ajustements du mode de vie et mesures non médicamenteuses

Hygiène de vie et alimentation
La prévention de la constipation, une hydratation adaptée et une alimentation riche en fibres participent à la réduction des contraintes sur la zone prostatique. La réduction de l’alcool et de la caféine, notamment en soirée, contribue également à diminuer les symptômes nocturnes.
Sport et activité physique
L’activité physique régulière favorise la santé globale. La marche, la natation ou la gymnastique douce sont recommandées. À l’inverse, le cyclisme intensif prolongé peut parfois majorer les symptômes en raison de la pression exercée sur le périnée.
Les exercices de Kegel pour renforcer le plancher pelvien

Les exercices de Kegel consistent à contracter et relâcher les muscles périnéaux plusieurs fois par jour. Pratiqués régulièrement, ils contribuent à améliorer le contrôle urinaire et à renforcer la musculature impliquée dans la miction.
Gestion du stress et relaxation
Le stress chronique peut accentuer l’hyperactivité vésicale. Les techniques de respiration, de relaxation, de méditation de pleine conscience ou certaines pratiques comme le yoga participent à une meilleure régulation du système nerveux autonome et s’inscrivent dans une approche globale du bien-être.
Une prise en charge personnalisée

Adapter la stratégie au profil du patient
Il n’existe malheureusement pas de solution unique ou universelle. La prise en charge dépend de l’intensité des symptômes, de l’âge, de l’état de santé général et des attentes du patient. Dans les formes peu gênantes, une surveillance associée à des mesures hygiéno-diététiques peut suffire.
Combiner les différentes approches
Lorsque la gêne devient plus marquée, les traitements médicamenteux, les approches naturelles encadrées ou les techniques mini-invasives comme l’embolisation permettent d’envisager des alternatives à la chirurgie classique. La décision thérapeutique repose toujours sur une discussion approfondie avec le professionnel de santé.
Conclusion
L’hypertrophie bénigne de la prostate est une évolution fréquente du vieillissement masculin. Si elle peut altérer le confort urinaire, de nombreuses solutions non chirurgicales existent aujourd’hui. Les traitements médicamenteux, les techniques mini-invasives innovantes, les ajustements du mode de vie et l’accompagnement par des approches naturelles permettent d’envisager une prise en charge progressive, individualisée et respectueuse de l’équilibre global de l’organisme. Toute décision thérapeutique doit toutefois s’appuyer sur un dialogue médical, garantissant un choix éclairé et adapté à chaque situation.
Références scientifiques
- (1) Parsons JK, Dahm P, Köhler TS, Lerner LB, Wilt TJ. Surgical Management of Lower Urinary Tract Symptoms Attributed to Benign Prostatic Hyperplasia : AUA Guideline Amendment 2020. J Urol. 2020.
- (2) Roehrborn CG, Barkin J, Gange SN, et al. Five year results of the prospective randomized controlled prostatic urethral L.I.F.T. study. Can J Urol. 2017.
- (3) Magistro G, Chapple CR, Elhilali M, et al. Emerging Minimally Invasive Treatment Options for Male Lower Urinary Tract Symptoms. Eur Urol. 2019.
- (4) Gacci M, Sebastianelli A, Spatafora P, et al. Best practice in the management of storage lower urinary tract symptoms in male. Ther Adv Urol. 2020.
- (5) Wilt T, Ishani A, Mac Donald R. Serenoa repens for benign prostatic hyperplasia. Cochrane Database Syst Rev. 2002.




